Pont de Mirepoix : l’incurie de l’État

20 Novembre 2019

Lundi 18 novembre, le pont de Mirepoix-sur-Tarn en Haute-Garonne, au nord de Toulouse, s’est totalement effondré en quelques secondes au passage d’un poids lourd. Deux personnes ont été tuées, le chauffeur et une jeune fille, passagère d’une voiture qui s’engageait au même moment sur le pont. La conductrice a été blessée ainsi que plusieurs autres personnes.

Très vite, les médias ont souligné la responsabilité du chauffeur, en indiquant qu’il s’était engagé sur un pont capable de supporter au maximum 19 tonnes avec un camion qui en pesait plus du double. Le maire reconnaît que de très nombreux poids lourds, souvent trop lourds, circulent sur cette route. Certains habitants interrogés ajoutent qu’il faudrait aussi s’assurer que l’entretien a été fait correctement et demander des comptes. Les responsables départementaux ont répondu que le pont avait été rénové en 2003, inspecté en détail en 2017 et contrôlé en 2018.

L’enquête ne fait que commencer, mais ce drame pointe une nouvelle fois le problème de la généralisation du transport par route, au-delà de la responsabilité individuelle des chauffeurs, qui sont d’ailleurs soumis à la pression constante des employeurs pour aller toujours plus vite, en transportant des charges de plus en plus volumineuses, voire en s’abstenant de prendre les autoroutes ou en prenant des raccourcis, pour faire des économies.

Qu’ils dépendent de l’État ou des collectivités locales, 25 000 ponts, soit presque 10 % du total, seraient en mauvais état structurel, d’après un rapport du Sénat, réalisé en 2018 après l’effondrement du pont de Gênes en Italie. Pour la mission sénatoriale, l’entretien nécessiterait 120 millions par an, le double du budget actuel. La remise en état des ponts gérés par les collectivités locales d’ici à 2030 coûterait 5 milliards d’euros.

Aujourd’hui, on est loin du compte, d’autant plus que l’État a sabré dans les effectifs chargés des Ponts et Chaussées : comment les services centraux d’expertise sur les risques (Cerema), passés en quelques années de 800 à 300 ingénieurs et techniciens, pourraient-ils réaliser toutes les inspections ? Comment les collectivités locales, et surtout les communes de moins en moins dotées, pourraient-elles détecter et effectuer les réparations nécessaires ? Comment s’équiper et même équiper les ouvrages d’instruments de contrôle modernes, réclamés par des experts qui s’accordent à dire que l’inspection visuelle laisse à désirer ?

Entretenir les routes et les ponts, c’est un service public et, comme tous les autres services à la population, l’État, sous le gouvernement Macron comme sous les précédents, le démolit à coups d’économies, quitte à déplorer ensuite un drame qui n’a rien d’une fatalité.

Sylvie MARÉCHAL