Manœuvres gouvernementales face à la mobilisation

20 Novembre 2019

« J’ai entendu la colère et l’indignation [du personnel soignant] face à des conditions de travail parfois impossibles », a déclaré Macron le jour des manifestations hospitalières du 14 novembre.

Il est évident que le gouvernement cherche à manœuvrer dans le but d’éteindre cette colère à moindre frais. Il a déjà échoué par deux fois, mais cette fois, à en croire Macron, il s’agit d’un « plan d’urgence conséquent » et de « décisions fortes ».

Le 20 novembre, le gouvernement a annoncé des primes – ce qui ne vaut pas augmentation de salaire – en les différenciant par catégorie pour essayer de briser le mouvement dont la force réside dans la mobilisation commune de tous les métiers de l’hôpital.

Il a décidé la reprise par l’État d’un tiers de la dette des hôpitaux publics. Cette dette est dans sa totalité le résultat de la politique suivie par les gouvernements depuis de nombreuses années. Car pendant que les besoins d’hospitalisation s’accroissaient, l’État a imposé l’austérité budgétaire aux hôpitaux.

Ainsi, avant que la crise hospitalière n’engendre grèves et manifestations le 14 novembre, le gouvernement n’avait prévu d’accorder pour 2020 que 2,1 % de hausse du budget des hôpitaux – tout juste porté à 2,5 % le 20 novembre – alors que les besoins augmenteront d’environ 4 %. Un déficit de 800 millions d’euros était donc d’ores et déjà programmé.

L’État a ainsi forcé les directeurs d’hôpitaux à supprimer des lits d’hospitalisation et des postes de travail et à s’endetter auprès des banques. S’additionnant année après année, cet étranglement a généré une dette de 30 milliards d’euros. Cela permet aux banques d’encaisser 840 millions d’euros d’intérêts cette année. Pour le gouvernement, il n’est pas question de priver les banques de cette manne mais, en reprenant une partie de la dette à son compte, de la faire payer par le budget général, plutôt que par celui de la Sécurité sociale.

Cette rallonge de 1,5 milliard d’euros sur les trois prochaines années n’annulera même pas l’effet des économies imposées ces deux dernières années aux hôpitaux.

« On est à l’os » : c’est ce que ressentent tous ceux qui travaillent à l’hôpital public et qui ont vu les conditions de travail et de soins se dégrader fortement au fil de cette financiarisation catastrophique. Macron a donc amplement de quoi s’inquiéter à l’approche du 5 décembre.

Lucien DÉTROIT