Irak : la contestation continue

20 Novembre 2019

Le 17 novembre, des milliers d’Irakiens et d’Irakiennes, ont envahi les rues des villes du pays, répondant à un appel à la grève générale pour réclamer un changement de régime. Depuis le début de la contestation, le 1er octobre, la répression a fait 330 morts et près de 15 000 blessés. Mais l’incendie ne s’éteint pas malgré cette violente répression.

Et pour cause. Les classes populaires n’en peuvent plus. Leur situation ne cesse de se détériorer, et ce depuis des années, du fait des guerres successives déclenchées par l’impérialisme américain, de la déstabilisation qu’elles ont entraînée avec l’émergence de diverses milices, dont celles de l’organisation État islamique, et de la corruption du régime en place.

« On n’a pas de services publics, pas d’hôpitaux, des écoles déplorables, tout va de mal en pis : 90 % des gens n’ont pas de véritable emploi ici », accusait un ouvrier de la banlieue ouvrière de Bagdad, qui compte trois millions d’habitants. Le chômage frappe en particulier nombre de jeunes qui s’étaient engagés pour combattre contre l’organisation État islamique et qui se retrouvent aujourd’hui sans avenir. La colère, qui s’est exprimée à plusieurs reprises ces dernières années, est dirigée contre le gouvernement du Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, accusé de corruption, et contre les partis religieux de toute obédience qui le soutiennent. Comme le souligne un diplomate cité par le journal le Monde, « aucun parti n’entend concéder une réforme de la loi électorale et de la Constitution qui remettrait en cause sa mainmise sur l’État et ses richesses. Ni les partis religieux chiites conspués par la rue, ni les partis sunnites qui bénéficient des quotas confessionnels. » C’est aussi la présence des milices chiites, soutenues et financées par l’Iran, qui est rejetée. Ces bandes armées, constituées pour combattre l’organisation État islamique, continuent en effet à régenter la vie quotidienne. Un étudiant de 22 ans témoignait ainsi son ras-le-bol : « On ne trouve pas d’emploi sans adhérer à un parti. On en a marre du racisme, du confessionnalisme, on veut être irakiens et être gouvernés par des gens compétents. »

En Irak, comme dans d’autres pays de la région, en Iran, pays voisin, les masses populaires aspirent à une vie digne. Leurs ennemis ne sont pas seulement les classes dirigeantes de leur propre pays, mais aussi celles des pays impérialistes, à commencer par le plus puissant d’entre eux, les États-Unis. Dans leur combat, les classes populaires peuvent trouver l’énergie, l’organisation, et surtout la conscience de leurs intérêts.

Aline RETESSE