Huile de palme : les amis de Total

20 Novembre 2019

Jeudi 14 novembre, les députés ont adopté sans aucun débat un amendement permettant de prolonger jusqu’à 2026 un avantage fiscal pour les carburants fabriqués à base d’huile de palme. Avant de voter le contraire le lendemain.

Le budget 2019 prévoyait en effet d’exclure, à partir du 1er janvier 2020, l’huile de palme de la liste des biocarburants, sa production entraînant une déforestation catastrophique, en particulier en Indonésie et en Malaisie.

Total a protesté, car le groupe vient de commencer début juillet la production d’agrocarburants à base de diverses huiles et graisses, dont l’huile de palme, sur son site de La Mède, près de Marseille, un des plus importants d’Europe. Le groupe Total, qui déclarait en 2018 quatre milliards de dollars de bénéfices, prétendait ne pas pouvoir supporter la suppression d’un avantage fiscal d’environ 80 millions d’euros !

Total a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel, rejeté le 11 octobre. Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, a aussi été auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, pour tenter de convaincre les députés, utilisant le chantage à l’emploi, menaçant de fermer l’usine de La Mède, qui emploie 250 personnes. Cette menace a au moins convaincu plusieurs députés des Bouches-du-Rhône, où se situe l’usine, de déposer l’amendement qui maintenait l’avantage fiscal. Et Total a manifestement trouvé l’oreille de bien d’autres, qui l’ont voté sans discuter.

Ce vote a provoqué un tollé à l’Assemblée parmi des députés de gauche, mais aussi de la majorité, sensibles aux sentiments écologistes de leurs électeurs. Gêné par ces critiques, Édouard Philippe a demandé un second vote à l’Assemblée, reconnaissant que le débat avait été insuffisant, tout en continuant à se déclarer favorable à l’amendement contesté, comme Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Si, pour finir, l’amendement favorable à Total a été rejeté, le trust pourra sans nulle doute compter sur le gouvernement pour compenser ce petit manque à gagner.

Hélène COMTE