Espagne : un accord sur le dos des travailleurs

20 Novembre 2019

Cela n’a pas tardé. En moins de 48 heures, après les élections du 10 novembre, Pedro Sanchez pour le Parti socialiste et Pablo Iglesias pour Unidad Podemos ont signé un pacte pour mettre en place un gouvernement de coalition.

Pablo Iglesias devrait donc devenir vice-président du futur gouvernement. Il a immédiatement adressé une lettre ouverte aux membres de Podemos pour leur expliquer qu’il fallait s’attendre à « céder sur beaucoup de choses », qu’il ne fallait donc pas espérer voir les revendications satisfaites, mais que ce gouvernement serait quand même une avancée face à l’extrême droite qui a doublé le nombre de ses députés. Sanchez, pour sa part, se flatte d’avoir réussi à réaliser l’unité pour que se mette en place un gouvernement de « progrès » qui réconciliera les Espagnols.

La rapidité avec laquelle ce pacte a été signé en a surpris plus d’un, particulièrement dans l’électorat de gauche. Beaucoup sont indignés par le cynisme de Sanchez, et dans une moindre mesure d’Iglesias, qui depuis six mois discutaient sans s’entendre. Il y a donc eu une nouvelle élection, après laquelle il a suffi de quelques heures pour les voir tomber dans les bras l’un de l’autre.

Sanchez avait déclaré, avant le scrutin, qu’il « ne dormirait pas tranquille s’il y avait un gouvernement de coalition avec Podemos ». Ces propos ont circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias, accompagnés de la photo de l’embrassade entre ces deux dirigeants.

Le PSOE et Podemos ne totalisant que 155 députés, Sanchez a entamé ses discussions auprès des partis régionaux susceptibles de lui apporter les 21 votes lui permettant d’atteindre la majorité au Parlement. Il faut donc s’attendre à des rebondissements et à de sombres marchandages, notamment avec les partis catalanistes et d’abord le parti centriste et indépendantiste Esquerra Republicana, devenu majoritaire en Catalogne.

Quant à la droite, surtout à l’extrême droite représentée par Vox, elle vitupère contre ce pacte. Vox dénonce un « front populaire » complice des nationalistes catalans, qui va disloquer l’Espagne, évoquant même le spectre du... communisme !

Dans les entreprises et dans les cafés, les mêmes questions reviennent dans les discussions : « Pourquoi n’ont-ils pas pu le faire avant ? Pourquoi ont-ils gaspillé tant d’argent pour des élections dans lesquelles la gauche a perdu des sièges, tout en favorisant l’extrême droite ? » D’autant que, dans leur accord, le programme, si on peut l’appeler ainsi, se borne à quelques généralités. Les revendications essentielles du monde du travail en sont absentes. Ce futur gouvernement se prétend progressiste. Mais, pour le monde du travail, le vrai progrès, ce sera quand on interdira les licenciements, quand les salaires permettront de faire vivre décemment sa famille, qu’on pourra bien se loger, et se loger tous, quand les conditions de travail ne transformeront pas les entreprises en camp d’exploitation harassant. Ce progrès-là, il ne faudra pas l’attendre des élections, ni de ces partis-girouettes qui ne se soucient que de leurs postes et de leurs ambitions. Il ne pourra naître que des combats collectifs du monde ouvrier.

Jacques MULLER