Paris – Porte de la Chapelle : les damnés de la Terre

13 Novembre 2019

Mercredi 7 novembre, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé le démantèlement des camps de migrants de la porte de La Chapelle et de la porte d’Aubervilliers, dans le nord de Paris. Dès le lendemain, à 6 heures du matin, 600 policiers opéraient une véritable rafle sur le campement de porte de La Chapelle.

1 606 migrants ont dû monter dans des bus pour être conduits dans quinze gymnases de Paris ou de sa région, leurs tentes ou abris ont été systématiquement éventrés, détruits. Près de 500 personnes, alertées avant la venue de la police, s’étaient enfuies et errent maintenant dans Paris ou sa banlieue, sans aucun abri.

C’est la 59e opération de ce type, et les campements se sont toujours reformés, parce qu’aucune véritable solution n’a jamais été proposée aux migrants qui arrivent à Paris comme dans le reste du pays. Lorsque le gouvernement prétend qu’il s’agit d’une mise à l’abri, c’est de l’hypocrisie pure et simple. Certes, certaines familles, qui se verront reconnaître un droit d’asile de plus en plus restrictif, vont peut-être obtenir à terme un toit et le droit de travailler. Mais la grande majorité, après un examen rapide de leur dossier, se verront déboutés de leur demande d’asile ou plus sommairement reconduits à la frontière.

Depuis des années, les gouvernements successifs imposent aux migrants qui arrivent sur le territoire des conditions indignes. Ils sont des milliers qui fuient la guerre, la violence, la misère, et qui, pour arriver dans ce pays, ont affronté des dangers inouïs. Ils ont affronté la traversée de la Méditerranée, les risques de naufrage, les rackets des passeurs, l’esclavage en Libye. Le seul accueil qui leur est proposé est la rue et la fuite devant les rafles, parce que les services sociaux manquent de personnel, parce que l’Ofpra est débordé. Quand les familles avec enfants appellent le 115, le numéro est saturé et, vaille que vaille, elles doivent se débrouiller en squattant ou en organisant des campements de fortune. Rien depuis des années n’a été fait pour accueillir dignement les migrants. Ce sont les habitants des quartiers de La Chapelle ou de l’avenue du Président-Wilson à Saint-Denis qui leur ont offert des tentes et des repas. C’est une fraction de la population qui leur a ouvert les bras, consciente que ces immigrés sont des frères de classe. L’État, lui, a envoyé la police gêner les distributions de repas ou multiplier les contrôles.

L’opération de Castaner, exhibant 600 policiers pour encadrer 1 600 migrants, a d’abord été une démonstration destinée à l’opinion publique la plus réactionnaire, celle qui ne rêve que de fermeté à l’égard de ces étrangers, et même, plus généralement, à l’égard des plus démunis. Le ministre de l’Intérieur montre les muscles pour affirmer qu’il n’acceptera plus de campements dans Paris. Ce sera peut-être le cas, mais les migrants s’installeront plus loin, dans des conditions de plus en plus précaires. En les faisant vivre comme des damnés, le gouvernement montre comment il considère les déshérités, et quel sort il peut réserver aux plus pauvres.

Aline URBAIN