Murs de la honte : un de perdu, dix de retrouvés

13 Novembre 2019

L’anniversaire de la chute du mur de Berlin a donné lieu à d’innombrables commentaires pour se réjouir de l’événement, dénonçant le caractère honteux de ce mur. Il ne faut cependant pas oublier que, depuis, des dizaines et des dizaines de murs semblables, ou pires, ont été construits.

Des sommes énormes sont englouties par les États pour la construction de murs et pour leur surveillance. Des industriels se sont engouffrés dans ce marché du frontalier militaire, qui est chiffré à plus de 20 milliards de dollars annuels.

Ainsi, s’il existait 16 murs-frontières en 1989, il y en aurait aujourd’hui plus de 65, totalisant des milliers de kilomètres de murs ou de barbelés, de barrières électrifiées hérissées de miradors et des moyens électroniques toujours plus sophistiqués mobilisant des centaines de milliers de soldats au total.

En Europe, depuis la chute du mur de Berlin, de nombreux murs ont été édifiés. Ainsi, la Hongrie a bâti en 2015, au plus fort de la crise migratoire et en quelques mois, à la frontière avec la Serbie, un mur de 4 mètres de haut et de 175 kilomètres de long, renforcé par des barbelés. De même, le gouvernement bulgare a dressé un mur à la frontière turque, dans la partie la moins montagneuse, pour interdire aux migrants d’entrer par là dans l’Union européenne. La Lituanie a lancé, en 2017, la construction d’une barrière avec l’enclave russe de Kaliningrad. Un porte-parole gouvernemental l’a justifiée en déclarant qu’elle « aidera la Lituanie à lutter contre la contrebande et les passages illégaux de la frontière. Si nous voulons que la zone Schengen fonctionne bien, nous devons disposer d’une frontière externe de l’UE bien protégée. »

En France, il y a le mur de Calais. Son nom officiel est « mur de protection antimigrants ». Terminé en 2017, à la demande et avec le concours financier du gouvernement britannique, ce mur complète les 50 km de barbelés autour de la zone du port et du tunnel.

Le mur israélien entourant la Palestine a été construit à partir de 2002. Aujourd’hui, long d’environ 681 km, il empiète sur des terres agricoles palestiniennes et participe à la tentative d’annexion de ce territoire.

Le mur fétiche de ­Trump entre les États-Unis et le Mexique existe depuis 1994. Le Secure Fence Act, promulgué par Bush en 2006, prévoit d’étendre considérablement les barrières existantes. Aujourd’hui, il mesure 2 500 kilomètres, sans compter les centaines de kilomètres promis. Son simple entretien et sa consolidation coûtent des centaines de millions de dollars chaque année.

En 2004, suite au conflit entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire, 550 kilomètres de mur ont été construits, donnant lieu, des deux côtés de la frontière, à des démonstrations nationalistes. Mais un des murs les plus importants au monde a été achevé fin 2010 par l’Inde, le long de sa frontière avec le Bangladesh, c’est-à-dire sur plus de 2 700 kilomètres. Grillage électrifié, barbelés, paroi en béton, il est surnommé le « mur de la honte ».

Depuis 1995, les villes espagnoles de Ceuta et de Melilla, enclavées sur la côte marocaine, sont séparées du territoire marocain par des doubles clôtures de 6 m de hauteur, pour tenter d’arrêter l’immigration clandestine.

Mais ces murs n’ont jamais arrêté les migrants, en particulier les plus pauvres et les plus désespérés. Les murs, les barrières, les barbelés et les contrôles qui les accompagnent sont à l’image de la politique des dirigeants du monde capitaliste, régnant sur leurs territoires en faisant tout pour arrêter ceux qui voudraient échapper à l’enfermement pour tenter de vivre un peu mieux, quitte à les jeter dans de véritables camps de concentration. Ce qu’ils reprochaient aux dirigeants des pays de l’Est européens a été multiplié par dix ou par cent. Sans doute la preuve de la supériorité du capitalisme.

Bertrand GORDES