Mal-logement à Marseille : la colère est toujours là

13 Novembre 2019

Samedi 9 novembre à Marseille, près de 7 000 manifestants ont dénoncé le logement insalubre. Le cortège, imposant, a emprunté la rue d’Aubagne, non loin du vide laissé par l’effondrement de plusieurs immeubles qui avait causé la mort de huit habitants, le 5 novembre 2018.

À l’initiative des associations, notamment le Collectif du 5 novembre et Un Centre-ville pour tous, la manifestation a emprunté les rues étroites du quartier de Noailles, derrière une banderole de tête affirmant : « Un an après, ni oubli, ni pardon ». Les pancartes improvisées témoignaient de l’indignation de la population : « Habitants dignes face à l’indignité », ou « Relogement des habitants, délogement des élus ». Un an après, la colère contre l’incurie de la mairie et de l’État est intacte. Et la désinvolture méprisante du maire dans le traitement des délogés choque, tout autant que le déni de son inaction municipale pour le logement.

Deux semaines après l’effondrement, la mairie avait bien ouvert un Espace d’accueil des évacués, non loin de la rue d’Aubagne, mais les locaux comme le personnel étaient insuffisants pour répondre en urgence à la situation dramatique des délogés. Et ils étaient d’autant plus nombreux que la mairie multipliait les arrêtés de péril, vidant les immeubles dans la précipitation, dans des arrondissements de plus en plus éloignés du centre-ville. Les évacués devaient patienter de longues heures, sans toujours trouver de solution à leurs nombreuses difficultés.

Face à l’inertie de la mairie, ce sont les militants associatifs et les habitants qui ont fourni une assistance précieuse aux délogés, en récoltant et distribuant des vêtements ou des produits d’hygiène, en aidant à remplir les papiers et à effectuer les démarches primordiales. Profitant de la vulnérabilité de familles sous le choc, certains groupes d’assurances avaient tenté de résilier leur contrat d’assurance ; des opérateurs téléphoniques continuaient à faire payer des forfaits pour des box Internet ou des téléphones laissés dans l’appartement quitté précipitamment. Jusqu’aux tribunaux d’instance qui rejetaient les demandes d’indemnisation, au motif que les locataires évacués ne payaient plus leur loyer !

Aujourd’hui, sur les plus de 3 000 délogés dans l’année, 600 ont été relogés et, parmi eux, 63 seulement le sont à titre définitif, soit un sur cinquante ! L’immense majorité subit encore la précarité d’un logement provisoire, d’un hébergement dans les hôtels ou chez des proches. C’était aussi pour témoigner de leur solidarité face à cette situation révoltante, comme à celle de tous les mal-logés, que bien des manifestants avaient tenu à être présents à cette nouvelle marche.

Correspondant LO