Espagne : le PS affaibli, l’extrême droite renforcée

13 Novembre 2019

En Espagne, les résultats des élections législatives du dimanche 10 novembre, quatrième scrutin en quatre ans, ont confirmé la lassitude d’une bonne partie de la population travailleuse et traditionnellement de gauche. Elle s’est exprimée par une augmentation de l’abstention de 6 % par rapport aux élections d’avril dernier.

Les manœuvres politiques du socialiste Pedro Sanchez, chef du gouvernement, ont irrité et déçu l’électorat de gauche. Ce que pronostiquaient les sondages a été confirmé : une spectaculaire montée du parti d’extrême droite Vox, un tassement du Parti socialiste (PSOE) et un recul des deux partis qui prétendaient faire du nouveau. C’est le cas, à gauche, de Unidad-Podemos. L’alliance d’Izquierda Unida (PC) et du parti Podemos, fondé par Pablo Iglesias dans la foulée du mouvement de contestation des Indignés, perd sept sièges. Mais c’est aussi le cas à droite, où le parti Ciudadanos perd 47 sièges !

Si les socialistes restent en tête avec 120 députés, ils en perdent trois et ils sont loin d’obtenir les 176 sièges qui leur permettraient de disposer de la majorité absolue pour un gouvernement homogène, ce qui était l’objectif de Sanchez et qui explique ses tortueuses manœuvres politiciennes.

Le Parti populaire, parti de la droite traditionnelle, regagne des sièges. Mais le fait marquant de ces élections reste la montée de Vox, parti d’extrême droite, qui passe de 24 sièges à 52.

Sanchez, qui ambitionnait de se renforcer au travers de ces élections anticipées et qui pour cela voulait tirer parti de la question catalane, a perdu son pari. Non seulement il sort affaibli de ces manœuvres, mais il a servi de marchepied à l’extrême droite. Tout au long de la campagne électorale, il a cherché à séduire l’électorat de gauche, par exemple en faisant le geste de sortir le corps de Franco de son mausolée. Mais il cherchait aussi à flatter les électeurs désenchantés de Ciudadanos, en parlant de concorde, de gouvernement pour tous, changeant presque chaque jour son discours, navigant de gauche à droite, sans jamais parler de ce qui intéresse le monde du travail.

Ayant obtenu tout le contraire de ce qu’il espérait, il lui faudra pour gouverner l’appui non seulement de Podemos mais aussi des partis nationalistes catalans et basques, des combinaisons qui, quelles qu’elles soient, seront fragiles et instables.

L’extrême droite, dans ce contexte, va peser de plus en plus. Elle s’est nourrie, en plus des traditionnels suffrages réactionnaires, du désenchantement d’un certain nombre de travailleurs, qui ont voulu sanctionner des politiciens uniquement préoccupés de leur manœuvres et de leurs sinécures, n’apportant en réponse à leurs problèmes de chômage, de retraite, de précarité et de bas salaires que des menaces de nouvelles attaques. Des travailleurs ont voulu par ce vote d’extrême droite mettre un coup de pied dans la fourmilière, comme d’autres l’ont fait ailleurs en Europe, et comme ceux qui en France justifiaient ainsi leur vote pour Le Pen.

Loin des calculs et des manœuvres électorales qui n’ont pu qu’écœurer bien des électeurs, les travailleurs doivent se préparer à se mobiliser. Car le seul pronostic vraiment certain, en Espagne comme ailleurs, c’est que les retraites continueront d’être attaquées et qu’il faudra les défendre, c’est qu’il faudra lutter contre les licenciements, qu’il faudra lutter pour de meilleurs salaires.

Au-delà des jeux politiciens, le pouvoir reste aux mains de la grande bourgeoisie industrielle et financière et, quels que soient ceux qui gouvernent, celle-ci veut faire payer la crise aux travailleurs et à la population. La vraie question posée pour les mois à venir n’est pas la composition des coalitions gouvernementales et leur stabilité, c’est de se préparer à défendre les emplois, les retraites et le niveau de vie par des mobilisations massives du monde du travail.

Jacques MULLER