Chili : la mobilisation populaire se poursuit

13 Novembre 2019

La mobilisation de la population continue au Chili. Le 11 novembre, les enseignants répondaient à un nouvel appel à la grève de deux jours, rejoints le lendemain par un appel à la grève générale.

Depuis trois semaines, les manifestations massives se succèdent dans toutes les grandes villes. Le 7 novembre, plus de 300 000 personnes s’étaient encore rassemblées sur la plaza Italia à Santiago. Dans tout le pays, l’effervescence continue, malgré les différentes tentatives du pouvoir pour y mettre un terme.

Fin octobre, le président Piñera a décidé une augmentation de 20 % du minimum retraite ainsi qu’une hausse du salaire minimum à 350 000 pesos (420 euros), sans que cela coûte un centime au patronat, car l’État paierait la différence. Cela n’a convaincu personne, pas plus que la levée de l’état d’urgence et des différents couvre-feux, car la répression continue. Elle a déjà causé 23 morts, 1 200 blessés et 7 000 arrestations de manifestants.

La plateforme Unidad social (Unité sociale) réunit plusieurs collectifs et syndicats, en particulier la Centrale unitaire des travailleurs (CUT). Elle voudrait encadrer le mouvement et a mis en place par en haut un comité de grève chargé d’organiser le blocage total du pays le mardi 12 novembre. Plusieurs syndicats, ceux des ports, du transport public, de l’aéroport de Santiago, des mines et de l’administration, en sont partie prenante. Unidad social et la CUT revendiquent une Assemblée constituante et une autre Constitution.

En annonçant, le 10 novembre, qu’il est prêt à modifier la Constitution, et donc à satisfaire Unidad social et la CUT, Piñera, qui jusqu’à présent s’y était toujours opposé, espère éteindre la contestation avec l’appui de la bureaucratie syndicale.

La Constitution chilienne date de 1980. Elle a été mise en place par le dictateur Pinochet. Outre des clauses antimarxistes abandonnées depuis, elle a accompagné les mesures de privatisation économique, qui ont creusé fortement les inégalités. La privatisation des réseaux d’eau fait qu’aujourd’hui des provinces entières en manquent, les grands propriétaires l’accaparant par exemple pour la culture des avocats. Le cuivre, 50 % des exportations, est en partie entre les mains de groupes capitalistes comme l’australien BHP. La santé, le système de retraite, l’éducation ont été bradés au privé, et ce qui reste de public est en piteux état. Les droits des Indiens mapuches sont bafoués et leurs terres ancestrales volées, ce qui explique que des manifestants arborent le drapeau de ce peuple et revendiquent la reconnaissance d’un État plurinational, ainsi qu’une renationalisation des ressources naturelles et le retour au public de l’éducation, de la santé et des retraites.

Proposer la révision de la Constitution comme objectif politique au mouvement de contestation est évidemment tenter de l’engager dans une voie de garage. Une nouvelle Constitution ne changera pas le sort des ouvriers, des retraités, des paysans, des étudiants pauvres. Les constitutions ont beau proclamer des droits sur le papier, cela n’a jamais empêché les capitalistes d’exploiter les travailleurs, de piller les richesses d’un pays et les pires inégalités de s’accumuler.

Il n’est pas sûr que cette manœuvre mettra fin aux manifestations massives et aux grèves. Depuis le 23 octobre, à plusieurs reprises, les dockers ont bloqué les ports du pays et les mineurs de cuivre ont commencé à montrer leur force.

Antoine FERRER