Brésil : Lula libre, quelle alternative à Bolsonaro ?

13 Novembre 2019

Au soir du 8 novembre, après un an et demi de détention, Lula est sorti de la prison de Curitiba, dans le sud du Brésil. « Je suis libre, pour aider à libérer le Brésil de cette folie », a-t-il déclaré à ses partisans venus l’ovationner.

Quelques centaines de prisonniers peuvent désormais espérer eux aussi sortir de prison. Mais c’est bien Lula que les juges du Tribunal suprême fédéral ont décidé de libérer, quand ils ont annulé la disposition qui permettait d’incarcérer un accusé dès sa deuxième condamnation, sans attendre qu’il ait épuisé tous ses recours.

Lula a été condamné pour corruption passive dans l’affaire Petrobras, du nom de la compagnie pétrolière nationale, qui alimentait les caisses noires des partis et du gouvernement en surfacturant tous ses contrats. Il n’y a pas eu contre lui de preuves formelles, mais un faisceau de présomptions montrant qu’une entreprise du bâtiment allait lui offrir un immeuble dans une ville côtière.

Sa libération ne signifie pas qu’il est innocenté de cette accusation, pour laquelle il dispose encore d’un recours. Néanmoins c’est ainsi qu’elle est ressentie par ses partisans. Car l’enquête a été une véritable traque contre Lula, menée par le juge Moro, l’actuel ministre de la Justice de Bolsonaro. Si cette enquête partiale était cassée, la condamnation de Lula à huit ans et dix mois de prison pourrait être annulée.

Ce coup de théâtre dans l’affaire Lula intervient après dix mois de gouvernement Bolsonaro, au cours desquels se sont succédé les mesures réactionnaires, les provocations et les déclarations paranoïaques. Bolsonaro a eu, pour la bourgeoisie, le mérite de faire adopter la réforme des retraites, qui réduit les droits de tous les travailleurs et qui était en gestation depuis des années. Mais une partie des politiciens de la bourgeoisie, comme l’ancien président Cardoso, se défient de Bolsonaro. Tout en étant les adversaires de Lula, ils reconnaissent qu’avec lui la bourgeoisie a fait des affaires en or, et ils pensent qu’elle peut encore avoir besoin de lui.

Lula libéré, il peut offrir à la bourgeoisie une alternative crédible face à Bolsonaro, d’autant plus qu’il garde une grande partie de sa popularité. Revenu dans le jeu politique, il peut réussir à fédérer derrière lui l’ensemble de la gauche, sans doute même la gauche et une bonne partie de la droite, comme il l’a fait pendant les huit ans où il a été au pouvoir. Pour la bourgeoisie brésilienne, il peut être utile de disposer de nouveau de cette carte de rechange face à Bolsonaro, voire de ramener Lula au pouvoir s’il fallait faire face à une grave crise sociale.

Les travailleurs et les couches populaires brésiliennes, de leur côté, auraient tort de mettre leur confiance dans une telle alternative politique. Au pouvoir, Lula et son parti le PT se sont montrés les défenseurs des intérêts du capital et ils sont prêts à recommencer demain.

Vincent GELAS