Seine-Saint-Denis : les visites de ministres ne remplissent pas les assiettes

06 Novembre 2019

Le Premier ministre Édouard Philippe s’est rendu le 31 octobre à Bobigny, préfecture de la Seine-Saint-Denis, pour annoncer un énième plan censé endiguer les « difficultés massives et systémiques » de ce département.

Vingt-trois mesures sont destinées à attirer vers la Seine-Saint-Denis les fonctionnaires, la sécurité, la justice, la santé et l’éducation dans les dix ans qui viennent. Une prime de 10 000 euros est annoncée pour certains des fonctionnaires qui y travaillent depuis cinq ans, sans trop de précision sur ceux qui la toucheront.

Il y a déjà eu tellement d’actions faisant de ce département une priorité qu’on pourrait croire qu’il est devenu un petit paradis. Sarkozy déclarait en 2010 faire des efforts considérables en faveur de la Seine-Saint-Denis et Hollande annonçait cinq ans plus tard y investir 20 milliards d’euros en dix ans dans 200 quartiers qui concentrent les plus grandes difficultés sociales, où les niveaux de revenus sont les plus modestes. Mais aujourd’hui, Philippe doit constater l’abandon de ce département par les services de l’État. Il dit avoir été sensibilisé au problème par un rapport officiel, mais en réalité il tente aujourd’hui d’étouffer l’indignation contre les autorités qui s’était répandue après le suicide d’une directrice d’école à Pantin.

Le gouvernement voudrait faire croire que la Seine-Saint-Denis, le 9-3, est un cas à part, hors normes, comme l’a déclaré Philippe. Ce département est au contraire le reflet du drame social engendré par la crise. Le patronat y a concentré la main-d’œuvre, avec un manque constant de logements en bon état. Ensuite, depuis plusieurs générations, les licenciements ont été massifs : de Rateau à la Courneuve à Alstom à Saint-Ouen et PSA à Aulnay…

Aujourd’hui, le taux de chômage est de quatre points supérieur à la moyenne nationale et le taux de pauvreté est le double, 28,6 %. Mais c’est le même rouleau compresseur qui se met en route quand par exemple un équipementier automobile ferme une usine à La Souterraine dans la Creuse. C’est alors aux municipalités de gérer les conséquences, alors que l’argent public leur est de plus en plus chichement compté et que l’État retire des services publics, y compris dans le domaine de la santé et de l’éducation.

En Seine-Saint Denis, la mortalité infantile tout comme le retard scolaire sont bien plus élevés que la moyenne. Cela est dû à la fois à ce qu’il y a davantage de pauvres et à ce que les services publics se dégradent davantage dans les quartiers populaires.

Mais le département bat également un autre record : celui du nombre de visites officielles, 2 700 entre mai 2007 et avril 2018, soit une moyenne de vingt visites par mois, ce qui est un aveu d’impuissance volontaire.

Jean SANDAY