Liban : la démission du gouvernement ne calme pas la colère

06 Novembre 2019

Mardi 29 octobre, le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a donné sa démission en réponse à la protestation populaire qui s’exprime dans le pays depuis des semaines contre le système politique en place.

Cette contestation a été déclenchée le 17 octobre par l’annonce de la part du gouvernement d’une énième taxe, dans un pays où le chômage et la pauvreté battent des records et où les infrastructures sont en déliquescence. Elle a mobilisé une large partie de la population, qui s’est ainsi retrouvée unie, dépassant les clivages confessionnels qui l’enchaînent derrière des clans qui se partagent le pouvoir depuis trente ans et plus. Dans le cours du mouvement, la revendication qui a émergé est celle du départ de toute cette clique politique immobile et corrompue, la mise en place d’un gouvernement indépendant et la restitution de l’argent volé à la population.

Les principaux partis politiques se sont mis à la manœuvre pour tenter de récupérer le mouvement, voire le stopper. Ainsi le Hezbollah, le parti chiite allié de l’Iran, qui a toujours entretenu l’idée qu’il était un mouvement antisystème, a défendu le maintien du gouvernement Hariri, dont il faisait partie. Il a même envoyé certains de ses militants attaquer les protestataires, à Beyrouth et dans le sud du pays où il est hégémonique. Il a aussi agité le spectre d’un retour de la guerre civile pour exhorter ses partisans à ne plus participer aux manifestations.

Les partisans du Premier ministre Hariri ont aussi surgi de nouveau après l’annonce de sa démission, notamment dans les rassemblements à Tripoli, ville à majorité sunnite, où ils ont essayé de rallumer la flamme confessionnelle, avant d’être écartés des tribunes par les organisateurs. Enfin, dans l’espoir de détourner la colère qui s’est encore exprimée après la démission du gouvernement, le président de la République, Michel Aoun, appartenant au parti chrétien CPL, s’y est mis en cherchant des boucs émissaires, désignant les réfugiés syriens comme responsables des maux qui touchent le pays.

Malgré ces manœuvres, les rassemblements ont continué dimanche 3 novembre, suivis de coupures de routes et de blocages des compagnies liées à l’État et des banques. Les classes populaires voudraient en finir avec les coupures d’eau et d’électricité qui marquent leur quotidien, avoir accès aux soins, stopper la baisse de leur pouvoir d’achat. Pour cela, beaucoup mettent leurs espoirs dans un changement de gouvernement. Mais ce qui s’annonce maintenant est la mise en place d’un gouvernement de technocrates, indépendants des appartenances confessionnelles, qui serait censé assurer une bonne gouvernance, honnête et exempte de corruption.

Malheureusement, on imagine ce que cela pourrait recouvrir. Devant la menace de faillite économique qui plane sur le pays, redoublée par la crise économique mondiale, un tel gouvernement ne cherchera pas à prendre sur les énormes fortunes accumulées par les classes dirigeantes, mais pourrait imposer des mesures d’austérité drastiques aux travailleurs et aux couches populaires en général.

C’est justement ce à quoi ceux-ci s’opposent depuis des semaines par leurs manifestations dans tout le pays. Il est douteux qu’une telle manœuvre suffise à les faire cesser.

Marwan Karim