Accord Italie-Libye : les mercenaires de l’Europe contre les migrants

06 Novembre 2019

Le gouvernement italien a annoncé, mercredi 27 octobre, le renouvellement pour trois ans de l’accord signé en 2017 avec la Libye, prévoyant de former, d’équiper et d’aider financièrement les gardes-côtes libyens pour bloquer les départs de migrants.

Le ministre des Affaires étrangères italien, Luigi di Maio, dirigeant du parti M5S, a osé prétendre que cette décision était justifiée par la préoccupation d’éviter « des tragédies en mer et une détérioration des conditions des migrants dans les centres d’accueil ».

En réalité, cet accord consiste à confier aux autorités libyennes le soin d’empêcher les migrants de gagner l’Europe, par tous les moyens, y compris en les laissant se noyer. Quant à ceux qui sont secourus, ils se retrouvent parqués dans des camps dans des conditions inhumaines, soumis à la torture et réduits en esclavage.

Cette politique a été initiée par le gouvernement du Parti démocrate, dit de gauche, alors dirigé par Paolo Gentiloni, dont le ministre de l’Intérieur Minniti a mis au point le premier accord en février 2017. Ce gouvernement a multiplié les procédures judiciaires et les saisies de navires pour entraver l’action des ONG et les empêcher de porter secours aux migrants. La plupart ont été alors contraintes de cesser toute activité en Méditerranée. Salvini, le dirigeant de la Ligue d’extrême droite, devenu ministre de l’Intérieur en juin 2018, n’a fait qu’aggraver encore considérablement la situation des migrants en décidant de leur fermer totalement les ports de la péninsule, refusant de laisser débarquer ceux qui avaient été secourus par des ONG ou même par des gardes-côtes italiens.

Si le départ de Salvini du ministère de l’Intérieur a permis de nouveau à des femmes et des hommes d’accoster plus facilement en Italie, la décision annoncée ces derniers jours montre que le nouveau gouvernement poursuit vis-à-vis des migrants la politique criminelle de ses prédécesseurs. C’est aussi celle de l’Union européenne qui, elle aussi, finance les gardes-côtes libyens.

Le gouvernement français, quant à lui, a annoncé en février 2019 la fourniture de six embarcations rapides à Tripoli, permettant à un certain nombre d’industriels d’équiper ce pays pour la chasse aux migrants, et de faire quelques bonnes affaires par la même occasion.

Marc RÉMY