Union européenne : pendant le massacre, les livraisons d’armes continuent…

16 Octobre 2019

Pendant que l’armée turque, avec l’aval des États-Unis, massacre les Kurdes, les dirigeants européens font mine de s’indigner.

Mais alors qu’une partie de l’armement du régime turc est d’origine européenne, réunis le 14 octobre, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont bien gardés de déclarer ne serait-ce qu’un embargo sur les ventes d’armes à la Turquie. Ils se sont juste engagés à « adopter des positions nationales fermes concernant leur politique d’exportation d’armements vers la Turquie ». Mais contrairement aux titres de certains journaux, aucun n’a stoppé les livraisons d’armes à ce pays.

Le gouvernement allemand a ainsi précisé que, « dans le contexte de l’offensive militaire turque dans le nord-est de la Syrie, le gouvernement fédéral ne délivrera pas de nouveaux permis pour des équipements militaires qui pourraient être utilisés par la Turquie en Syrie. » Cela n’exclut donc pas les livraisons d’armes déjà programmées, par exemple, les chars Léopard allemands qui équipent l’armée turque.

Le gouvernement français a fait du copier-coller : « Dans l’attente de la cessation de l’offensive turque dans le nord-est syrien, la France a décidé de suspendre tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de cette offensive » a déclaré la ministre des Armées, Florence Parly. Là encore, rien n’empêche de continuer à livrer, par exemple, les bombes, torpilles, roquettes et missiles en tout genre, dont le gouvernement français a déjà approuvé les licences d’exportation pour 105 millions d’euros vers la Turquie en 2018, tout comme pour les agents chimiques ou biologiques toxiques, agents anti-émeutes, utilisables contre les populations civiles.

La Turquie est certes un moins bon client pour l’industrie française de la mort que l’Inde ou l’Arabie saoudite. Mais aux yeux des dirigeants européens, la sauvegarde de bonnes relations diplomatiques et commerciales compte bien plus que le sort de centaines de milliers de Kurdes bombardés et jetés sur les routes.

Christian BERNAC