Renault – Flins : coup de colère aux Presses

16 Octobre 2019

Une dizaine de jours après un débrayage de caristes, qui ont obtenu satisfaction, la direction de l’usine Renault de Flins, dans les Yvelines, a dû faire face, lundi matin 14 octobre, à une mobilisation de plusieurs dizaines de travailleurs du secteur de l’Emboutissage, ne supportant plus les salaires bloqués et la surcharge de travail. Leurs camarades de l’équipe d’après-midi se sont eux aussi rassemblés pour exprimer leur mécontentement.

Dès 7 heures du matin, peu après la prise d’équipe, plusieurs dizaines d’ouvriers des Presses ont débrayé pour protester contre le blocage des salaires, car c’est ainsi que se traduit le maintien de leur fiche de paye à un coefficient très bas, même après près de 20 ans d’ancienneté. Les « blocs de compétence » qui déclenchent le passage à un coefficient supérieur sont distribués au compte-gouttes et la dernière augmentation générale de 1,4 %, aux trois quarts déjà absorbée par l’inflation, n’a eu aucun effet sur le pouvoir d’achat. De plus en plus nombreux sont ceux qui, chaque mois, sont contraints de demander un acompte au service paye, ce qui ne fait que repousser le problème.

Au-delà, la dégradation des conditions de travail liée aux plans de compétitivité de Renault fait grimper la fatigue, mais aussi la colère. La philosophie, si l’on peut dire, de la direction étant de comprimer au maximum les effectifs, les postes sont surchargés d’opérations, ou les travailleurs surchargés de postes à tenir. L’organisation de l’espace est revue au coup par coup en fonction du même objectif, ce qui se traduit pour les uns par des centaines de mètres à parcourir à pied, pour les autres par des gymkhanas sur un car à fourches en marche arrière sans visibilité. Pour tous, c’est Koh Lanta au quotidien. Dans le secteur du Montage en particulier, les postes sont tellement chargés que les conducteurs d’installations ou les chefs d’unités sont obligés de mettre la main à la pâte systématiquement. Les diaboliques calculs des opérations au centième de minute servent à traquer – et occuper – le moindre moment de répit.

Les travailleurs des Presses en débrayage se sont rendus dans d’autres secteurs de l’usine, rejoints par d’autres collègues, notamment par la quasi-­totalité des caristes du Ferrage qui avaient arrêté le travail le 3 octobre. La sympathie des travailleurs intérimaires était tangible. Côté direction, l’ambiance était très tendue, des cadres avaient été mobilisés, car les mêmes causes créant les mêmes effets, le patron peut s’attendre à d’autres mouvements de colère ouvrière. Cette fois encore, ceux qui ont débrayé ont rappelé, collectivement et publiquement, qu’ils n’acceptent pas de subir.

Correspondant LO