Macron, Le Pen... : démagogie antimusulmane

16 Octobre 2019

Se targuant, avec un insondable mépris, de reconquérir l’électorat populaire, Macron avait plaidé pour une « société de vigilance », dans laquelle chacun serait tenu de dénoncer son voisin barbu ou sa voisine voilée.

Le message macronien a bien été reçu, puisque le 11 octobre un élu RN a demandé à une mère de famille accompagnant son fils en sortie scolaire d’ôter son voile ou de quitter l’enceinte du conseil régional de Bourgogne. Ce triste sire a immédiatement publié sur les réseaux sociaux une vidéo de ses exploits, attirant ainsi l’attention des médias. On assiste depuis lors à des prises de position constituant, sous couvert de défense de la laïcité, une véritable campagne contre les musulmans.

Les porte-parole du RN ont évidemment soutenu leur courageux collègue dans sa croisade contre une femme et un gosse apeuré. Ils ont été rejoints par les ténors de la droite, à commencer par leur nouveau chef, Jacob, qui a demandé qu’une loi interdise le port du voile dans les sorties scolaires. Le sénateur LR Retailleau promet de déposer un tel projet de loi dans les jours qui viennent.

Bruno Le Maire, ex-LR désormais ministre de Macron, a condamné le voile au nom de « la tradition française d’égalité des sexes ». Il parle bien de ce pays qui a accordé le droit de vote aux femmes un siècle après les hommes, dans lequel il a fallu combattre pour obtenir, bien tard, le droit à la contraception et à l’IVG, ce pays où les femmes sont restées des mineures légales jusqu’en 1965 et où 121 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon depuis le début de l’année. Le voile islamique est certes un signe manifeste, et revendiqué, d’oppression des femmes, mais sa condamnation par les défenseurs de l’ordre bourgeois sonne faux et est trop opportune pour être honnête.

Cela sonne faux également chez le ministre de l’Éducation nationale qui pense que « le port du voile n’est pas souhaitable dans la société ». Qu’il redonne donc à l’école les moyens de faire son travail, les moyens d’offrir aux jeunes de milieu populaire un peu de l’ouverture, de la culture, qui donnent la joie d’apprendre et la possibilité de se libérer de tout préjugé. Mais non, le ministre contribue à détruire le seul instrument d’éducation dont disposent ces jeunes. À rebours du développement de la civilisation, la bêtise raciste et policière fait des progrès en milieu universitaire : l’université de Cergy vient de publier une note permettant de repérer les signes de « radicalisation ».

La question est bien plus inquiétante que les déclarations ridicules ou scandaleuses de politiciens en mal de voix réactionnaires, ou d’universitaires se préparant à rétablir la Sainte Inquisition. Il est à craindre que de prétendus défenseurs de la laïcité et de l’égalité des sexes se sentent autorisés à s’en prendre à des femmes voilées, que des exactions soient commises, que l’attitude le la police se fasse plus pesante encore et que, parallèlement, les islamistes se renforcent en se présentant comme les seuls défenseurs des musulmans.

Macron, Le Pen et les autres sont prêts à prendre un tel risque. Derrière leur prétendu combat pour la laïcité, derrière leurs amalgames récurrents entre islam et terrorisme, il y a la volonté de diviser, de dresser une barrière au sein de la société et entre travailleurs.

Il faut s’y opposer.

Paul GALOIS