Guadeloupe : un patron de plantation qui veut sa vengeance

09 Octobre 2019

Mardi 1er octobre s’est tenu le procès en appel opposant un patron de la banane, Tino Dambas, au secrétaire général de la CGTG et porte-parole de Combat ouvrier, Jean-Marie Nomertin.

Ce patron particulièrement répressif avait assigné Nomertin en justice pour diffamation. Il n’a pas supporté en effet que Nomertin lui reproche d’avoir été en partie responsable de la mort d’un travailleur malade. Ce dernier, atteint d’un cancer et très fatigué, avait réclamé un poste aménagé. Dambas le lui avait refusé en lui disant qu’il devait continuer à porter les régimes de bananes. C’était à prendre ou à laisser. Ce camarade est décédé peu de temps après.

Une centaine de personnes ont accompagné Jean-Marie Nomertin au tribunal de Basse-Terre. Pour la majorité, il s’agissait d’ouvriers de la banane et de militants de la CGTG (Confédération générale des travailleurs de la Guadeloupe). Des représentants d’organisations politiques et syndicales étaient aussi présents : le secrétaire général du syndicat UGTG (Union générale des travailleurs de la Guadeloupe), Eli Domota, le PCG (Parti communiste guadeloupéen), le KLNG (Konvwa pou libérasyon nasyonal Gwadloup), avec Luc Reinette, les militants de Combat ouvrier avec Max Celeste, les jeunes du journal Rebelle ! La décision de la cour d’appel a été reportée au 29 octobre.

Dambas n’a jamais digéré la défaite des patrons de la banane à l’issue de la grève des travailleurs de ce secteur en 2017. Surnommé l’esclavagiste noir pour les conditions de travail dans ses plantations, il a cherché à se venger en licenciant la majorité des ouvriers grévistes. Dans la salle d’audience, Jean-Marie Nomertin a décrit des conditions de travail quasi mortelles sur les plantations et sur celle de Dambas. Au meeting tenu devant le palais de justice, les travailleurs venus témoigner ont refait le procès en accusation contre Dambas, ses semblables et les conditions de travail inhumaines qu’ils imposent. Les accidents, parfois mortels, sont fréquents. Pendant des années, les ouvriers ont été empoisonnés par les pesticides qu’ils devaient répandre sans protection. Aujourd’hui, le chlordécone est interdit, mais d’autres pesticides sont répandus à la main sans que les normes de protection soient respectées. Il faut transporter sept tonnes de bananes à dos d’homme sur une journée…

Trois jours avant, la CGTG et Combat ouvrier avaient organisé chacun une conférence de presse et distribué des milliers de tracts. Combat Ouvrier avait tenu une réunion publique sur la répression dans les entreprises vendredi 27 septembre. Ce procès a été un vrai procès politique, celui de l’exploitation et de la répression orchestrées par Tino Dambas et le grand patronat en général.

Marie-Céline Deshauteurs