PCF : combattre le RN ou alimenter son discours ?

02 Octobre 2019

Fabien Roussel, le dirigeant du PCF, a été l’invité le 21 septembre de l’émission Dimanche en politique sur France 3 Nord-Pas-de-Calais.

« Parlons-en de l’immigration. Je suis pour stopper cette immigration organisée par les traités libéraux de Bruxelles, qui met les salariés, les ouvriers en concurrence entre eux. (...). Parlons aussi de ces chefs d’entreprise qui utilisent l’immigration illégale et font travailler des pauvres gens qui ont fui leur pays et aujourd’hui travaillent pour rien dans des hôtels, dans la restauration (...). Je comprends la colère des Français et je suis pour mettre ces sujets sur la table. » a-t-il notamment déclaré, prenant donc fait et cause contre ces travailleurs.

Quelques jours après cette interview, Fabien Roussel a écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron à propos de l’immigration, où le ton est tout autre. Dans cette lettre, il écrit par exemple à propos de tous les migrants : « Tous ces hommes et toutes ces femmes que vous stigmatisez sont nos frères et nos sœurs. Nous ne faisons pas de distinction entre eux. Nous réclamons des droits pour tous, condition d’un accueil réussi. » Peut-être la direction du PCF s’est-elle sentie obligée de contrebalancer d’une manière ou d’une autre les propos tenus une semaine avant à la télévision. Mais, dans les faits, elle a juste dit une chose et son contraire à une semaine d’intervalle, par opportunisme.

Cette politique plus qu’ambiguë et même parfois carrément abjecte vis-à-vis de l’immigration, la direction du PCF en a l’habitude depuis des dizaines d’années, les accès de démagogie ultra-nationaliste des dirigeants détruisant le travail quotidien des militants dans les banlieues et sur les chaînes de production. Cela n’a pas empêché l’extrême droite d’accroître son audience parmi les travailleurs et le PCF de voir la sienne partir en lambeaux. En réalité, cette politique a même été une brèche faite dans les milieux ouvriers influencés par le PCF, par laquelle les idées de Le Pen ont pu ensuite s’engouffrer.

Pierre ROYAN