Le 1er octobre 1949 : proclamation de la République populaire de Chine

02 Octobre 2019

L’État chinois célèbre son soixante-dixième anniversaire avec le drapeau rouge et la dénomination communiste, sous les yeux des 373 milliardaires chinois, des deux cents millions de prolétaires exploités dans les usines, des centaines de millions de paysans et de pauvres des villes. Non seulement ce régime n’a rien à voir avec le communisme, mais, à sa naissance en 1949, Mao et ses compagnons avaient abandonné depuis longtemps cette perspective.

Au début du 20e siècle, l’empire chinois était depuis longtemps dépecé par les puissances impérialistes. La majorité de la population était formée de paysans sans terre soumis à une minorité de propriétaires. La classe ouvrière était concentrée dans quelques villes de la côte, dans des usines dirigées par les impérialistes. La Chine était en proie à des guerres incessantes entre bandes armées, les seigneurs de guerre, chacun contrôlant un territoire dont il pressurait la population.

Les débuts du Parti communiste

Sous l’impulsion de la Révolution russe, le Parti communiste chinois se créa en 1921. Très peu nombreux, ses militants firent le choix, sur les conseils de la 3e Internationale, de rejoindre le parti nationaliste, le Kuomintang, où ils commencèrent à organiser la classe ouvrière. En 1925, s’ouvrit une période révolutionnaire, qui dura deux ans. Le jeune PCC fut poussé par l’Internationale communiste, désormais sous la tutelle de la bureaucratie soviétique, à rester sous la direction du Kuomintang du général Tchang Kaï-chek, empêchant ainsi la classe ouvrière d’avoir une politique indépendante de la bourgeoisie. Quand Tchang Kaï-chek se retourna contre ses anciens alliés, les travailleurs, désarmés politiquement, furent incapables de se défendre. Les militants communistes furent massacrés et ceux qui échappèrent à la répression se réfugièrent dans les campagnes. Ils y menèrent une guérilla contre les troupes de Tchang Kaï-chek en recrutant une armée paysanne. Abandonnant les villes, et par là-même la classe ouvrière, Mao et ses compagnons renonçaient donc au communisme quels que soient le vocabulaire et le drapeau qu’ils ont continué à arborer.

L’occupation japonaise

À partir de 1931, commença l’occupation japonaise de la Mandchourie puis d’une grande partie de la Chine. Elle devait durer jusqu’en 1945. En 1934-1935, le PCC se plaça à nouveau sous la direction du Kuomintang pour former une union nationale contre l’occupation japonaise. Il s’était engagé faire respecter la propriété foncière en échange de l’intégration de ses troupes dans l’armée du Kuomintang et d’une participation à la direction des opérations. Le Kuomintang ne cessa jamais de réprimer les communistes mais le PCC, avec Mao à sa tête, accepta de contenir les revendications des paysans.

Ces années, extrêmement dures pour la population chinoise vivant sous occupation, furent celles du renforcement des communistes. Ils étaient les seuls à mener la guerre aux Japonais et à respecter la population paysanne. De ce fait, ils recrutèrent des milliers de paysans et de jeunes citadins écœurés par l’incurie et le comportement des troupes du Kuomintang. Le Parti communiste, de 40 000 membres en 1937, atteignit 1 200 000 membres en 1945 ; ses troupes passèrent de 92 000 hommes à 910 000.

À partir de l’année 1942, le gouvernement américain arma le Kuomintang et le finança. Les Américains défendaient la mise en place d’un gouvernement de coalition entre le PCC et le Kuomintang. Seulement ce dernier ne l’accepta pas et ses troupes poursuivirent le combat contre les communistes tout comme elles l’avaient fait pendant la guerre contre les japonais. Quant à l’Union soviétique, elle respecta l’engagement pris auprès des Américains de reconnaître le gouvernement de Tchang Kaï-chek, refusant toute aide aux troupes de Mao.

Le PCC face à la révolte des paysans

Dans les campagnes, la révolution grondait. La population s’élevait contre les seigneurs de guerre et propriétaires terriens qui avaient collaboré avec l’occupant japonais. La soif de terres des paysans rendait la situation explosive. Dans les zones qu’il dirigeait, le PCC tenta de calmer les masses, de les retenir. Il le fit tant que l’espoir d’un gouvernement de coalition dura. Mais à la mi-1946, la lutte armée entre le Kuomintang et le PCC reprit. À l’été 1946, le Parti communiste décida de prendre la tête de la révolution paysanne. Devant un ennemi quatre fois plus équipé que lui, soutenu par l’impérialisme, sa seule chance de l’emporter était de s’appuyer sur la révolte des paysans. Au fur et à mesure de leur avancée, ses armées organisèrent le partage des terres. Elles s’attaquèrent au joug des traditions, s’appuyant sur un mouvement de révolte des femmes. Les troupes de Tchang Kaï-chek pillaient, violaient, tuaient, traitant la population paysanne comme un ennemi accusé de pactiser avec les communistes. Les troupes communistes, animées d’idéaux, renforcées par des paysans qui se battaient pour la terre, réussirent à reprendre le terrain et gagnèrent de larges pans de la population.

À l’approche de la victoire du PCC, ses dirigeants repoussèrent à nouveau la réforme agraire pour ne pas s’aliéner la bourgeoisie et les propriétaires terriens. Le PCC défendait l’alliance de toutes les classes, c’est-à-dire une politique opposée à l’émancipation des exploités. Conquérant les villes les unes après les autres, méfiants vis-à-vis de la classe ouvrière, il appelait les travailleurs au calme, c’est-à-dire à la passivité. Le parti de Mao, issu d’un embryon de parti ouvrier au début des années 1920, était devenu un appareil nationaliste, capable de se placer à la tête d’une révolution paysanne, mais sans jamais contester les rapports de propriété capitalistes.

Mao au pouvoir

Une fois Pékin tombé, Mao proclama la République populaire de Chine sans attendre la fin de la guerre. Les puissances étrangères, en particulier les États-Unis, cessèrent toute relation avec le nouveau gouvernement dans le contexte de la guerre froide. Pendant deux ans, Mao tenta vainement d’associer la bourgeoisie au développement du pays. Cette dernière put fuir à Taïwan en gardant sa fortune. En 1951-1952, l’État prit en main l’économie afin de tenter de développer le pays par ses propres forces.

Cette politique, passant sur les os des exploités chinois, a permis un développement industriel qui a fait du pays, après que celui-ci eut rétabli des liens avec les pays occidentaux, l’atelier du monde. Mais, si la Chine est redevenue une grande puissance, elle n’est toujours pas sortie du sous-développement, et encore moins de la dépendance au marché mondial, c’est-à-dire à l’impérialisme.

Inès Rabah