Autriche : la droite en tête, vers quelle alliance antiouvrière ?

02 Octobre 2019

Avec environ 37,5 % des voix, le parti conservateur ÖVP est arrivé en tête des élections législatives qui ont eu lieu en Autriche le 29 septembre, tandis que le FPÖ d’extrême droite recule de près de dix points par rapport au scrutin précédent de 2017, où il avait obtenu 26 %.

Le parti social-démocrate SPÖ est également en baisse ; avec 21,5 % il réalise son plus mauvais score depuis la création de la République en 1918. Enfin les Verts qui, il y a trois ans, n’avaient pas passé la barre des 4 % nécessaires pour avoir des députés, bénéficient des préoccupations environnementales de bien des électeurs, et remontent à près de 14 % des suffrages.

Dans les négociations qui vont désormais s’engager, toutes les combinaisons gouvernementales sont possibles. L’ÖVP est en effet en situation de reconduire une alliance avec un FPÖ affaibli, qu’il contrôlerait mieux ainsi, ou de revenir à une alliance avec le SPÖ, comme cela a été le cas pendant longtemps, ou encore de gouverner avec les Verts. Cela serait une nouveauté au niveau fédéral, mais les Verts participent déjà sans problème à des gouvernements régionaux avec l’ÖVP, par exemple au Tyrol ou en Haute-Autriche. Ce qui en dit long sur le peu de différences profondes entre tous ces partis habitués à co-gouverner au service de la bourgeoisie.

Ces élections anticipées avaient été occasionnées par l’éclatement, en mai dernier, de la coalition formée depuis 2017 entre l’ÖVP et le FPÖ à la suite d’un scandale compromettant Strache, alors chef du parti d’extrême droite et numéro deux du gouvernement. Il avait été filmé, en caméra cachée, lors d’une tentative de corruption avec une supposée représentante d’un oligarque russe. Et la diffusion de la vidéo sur Internet avait entaché l’image de ce parti qui se voulait le « protecteur de l’Autriche ». Pendant l’été, d’autres révélations sur les frasques de Strache ont suivi : soupçon de corruption avec le trust Casino Austria, notes de frais personnelles falsifiées et non déclarées au fisc.

Alors pour beaucoup, c’est sans doute un soulagement que l’extrême droite ait cette fois nettement reculé et que ses dirigeants rabattent un peu leur morgue. Car Hofer, actuel président du FPÖ après Strache avait recueilli 46,2 % des suffrages lors du second tour de l’élection présidentielle, il y a trois ans.

Sur le fond, il n’y a pas de raison de se réjouir. D’abord parce que les idées racistes et xénophobes que le FPÖ a véhiculées depuis des années restent présentes, reprises par le candidat de l’ÖVP Kurz pendant sa campagne électorale, même si c’est avec un langage un peu plus policé. Et puis surtout, parce que les attaques contre le monde du travail vont se poursuivre. En un an et demi au pouvoir, Kurz a introduit la journée légale de travail de douze heures, diminué un certain nombre de budgets sociaux et renforcé la discrimination contre les migrants.

Aujourd’hui, un tiers des salariés n’ont plus qu’un contrat précaire. Mais le patronat en veut plus. Déjà, celui du commerce réclame un élargissement des horaires d’ouverture et une baisse massive des cotisations sociales. Quant à celui de la métallurgie, il a entamé les négociations salariales annuelles qui s’ouvrent début octobre avec une déclaration provocatrice : « La fête est finie. » Face à ces nouvelles attaques, les travailleurs ne peuvent avoir d’autre perspective que de faire entendre leur colère et se faire respecter collectivement. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun politicien ne le fera à leur place.

Henri MARNIER