Allemagne – Dieselgate : un procès écran

02 Octobre 2019

Le 30 octobre, s’est ouvert à Brunswick, en Allemagne, un procès qui oppose 450 000 plaignants à Volkswagen, deuxième constructeur automobile mondial, accusé d’avoir installé des logiciels truqués sur ses véhicules diesel.

Déclenché aux États-Unis en 2015, le scandale du Dieselgate a révélé comment VW a mis en circulation, sous diverses marques, 11 millions de véhicules diesel quarante fois plus polluants que la norme, en truquant les tests antipollution.

On apprenait peu après que les autres constructeurs, dont les français Renault et PSA, fraudaient de la même façon. Les émissions de particules fines par les moteurs diesel tueraient 10 000 personnes par an rien qu’en Europe.

Condamnés aux États-Unis à une amende de 20 milliards de dollars, les dirigeants de VW ont payé sans broncher. C’était le prix à payer pour ne pas être interdits sur le marché américain. En Europe par contre, le groupe, qui a amassé 12 milliards d’euros de profits en 2018, n’a jamais indemnisé les préjudices subis par les clients abusés ou par la population sujette à la pollution.

Quelques hauts cadres de VW ont certes servi de fusibles, certains étant licenciés, d’autres inculpés. Mais le groupe de la famille Pors­che-Piëch n’a pas eu à débourser un seul centime. VW a trouvé le soutien des dirigeants allemands comme de l’Union européenne, d’abord pour subventionner le diesel et minimiser les normes antipollution, puis pour échapper à de lourdes amendes. Ainsi, à l’été 2 018, la Commission européenne se déclarait impuissante face « à la désinvolture du groupe VW ».

Devant la colère des 2,4 millions de clients allemands, regroupés derrière une association de consommateurs, le gouvernement a dû bouger. Il a modifié la loi pour permettre une action collective des consommateurs, rendant possible le procès géant de Brunswick. Mais ce procès tardif, à l’image de tant d’autres scandales industriels, celui de l’amiante ou du Mediator, semble un moyen de gagner du temps pour éviter à VW de payer. Prévu pour durer plusieurs années, sans parler de la contestation en appel, ce procès a pour seul but de décider si VW a causé un préjudice. Pour les éventuelles indemnités, les consommateurs devront intenter un nouveau procès. Quant au préjudice sur la santé publique, il n’est même pas envisagé de l’estimer, encore moins de le facturer.

L’État allemand soutient sans faille les propriétaires de VW, tout comme l’État français soutient PSA et Renault, pas même menacés d’un procès. Inflexibles pour interdire à la circulation les vieilles voitures des travailleurs modestes, les dirigeants politiques sont à plat ventre devant les capitalistes pollueurs et assassins.

Xavier LACHAU