Fonderies du Poitou Vienne : les repreneurs ont vite tombé le masque

25 Septembre 2019

Il y a moins d’un an que les deux fonderies, Fonte et Aluminium, d’Ingrandes, près de Châtellerault dans la Vienne, étaient mises successivement en redressement judiciaire.

Après des mois de tractations et d’inquiétude pour les salariés, en avril dernier un repreneur se présentait, le groupe anglo-indien Liberty. Il maintenait les deux fonderies comme des entreprises distinctes, tout en les chapeautant d’une même holding. Au passage, 150 emplois disparaissaient, par des départs de CDI mais surtout par la suppression de dizaines d’emplois de travailleurs intérimaires.

Et voilà qu’à peine rentrés des congés d’été les travailleurs de la Fonte apprenaient que leur patron demandait 50 jours de chômage partiel d’ici janvier prochain, et invitait les volontaires éventuels à venir travailler provisoirement à l’Alu. Ils remplaceraient ainsi les intérimaires, qui passeraient de près de 80 actuellement à moins d’une trentaine.

La direction invoque la baisse d’activité du marché automobile, et notamment des commandes de Renault. Renault était à l’origine le patron direct des deux fonderies, avant de s’en débarrasser au profit d’autres requins, et il reste leur principal, voire unique client. Il se serait soi-disant trompé dans ses calculs de promesses de commandes lors des tractations de reprise, invoquant le déclin des moteurs diesel, dont les Fonderies fournissent culasses et carters. Par ailleurs, selon la direction, le marché indien serait en baisse, Suzuki et Fiat, un temps clients de la Fonte, auraient disparu des radars.

La direction peut bien dire ce qu’elle veut, les travailleurs n’ont pas accès aux comptes et on ne peut rien vérifier. Ce qui est certain, c’est que Renault compte les profits par milliards et que les gros actionnaires de Liberty, tout comme ceux de Fiat et Suzuki d’ailleurs, continuent d’encaisser des dividendes. Les travailleurs de la Fonte ont montré, en débrayant dès l’annonce de ce sale coup, et à nouveau jeudi 19 septembre, avec les collègues de l’Alu, qu’ils ne sont ni dupes ni résignés à subir en silence. Les appels de la direction au « bon sens », c’est-à-dire à ne pas faire grève, sous prétexte d’une visite d’un représentant de Renault et de vagues promesses d’investissements à venir, au coup par coup, n’ont convaincu personne. Pas plus que l’invitation à attendre la énième réunion avec le préfet, qui s’est tenue le lendemain, sans aucun résultat concret évidemment.

Pendant tous les mois qui ont précédé la reprise par Liberty, les travailleurs des Fonderies ont vu s’agiter autour d’eux un petit monde politicien. Entrevues et concertations ont occupé pendant des mois des dirigeants syndicaux, invités par des élus et des ministres qui paradaient comme autant de sauveurs suprêmes des emplois et de l’industrie locale. Maintenant que l’avenir redevient, pour les travailleurs, aussi incertain que toujours, on ne les entend plus. Même les ministres ne répondent plus aux lettres des syndicats, paraît-il !

Lutter contre une menace de fermeture ou contre des licenciements est un combat difficile. Mais, dans l’affaire des Fonderies du Poitou, on vérifie une fois de plus qu’il n’y a rien à attendre d’une tactique qui ne sait que prier les patrons d’avoir une bonne « politique industrielle », pas plus qu’il n’y a à attendre quoi que ce soit des politiciens de gouvernement, qu’ils soient locaux ou nationaux.

Pour Renault, Liberty et consorts, les vies et les emplois des travailleurs ne comptent pour rien, seuls importent les profits. Pour qu’ils en tiennent compte, la question n’est pas de les convaincre, mais de les contraindre par la force collective. En être conscient est le meilleur des gage pour les inévitables combats à venir.

Correspondant LO