Faillite de Thomas Cook : irresponsabilité capitaliste ordinaire

25 Septembre 2019

22 000 salariés menacés d’être jetés à la rue, 600 000 clients qui se demandent comment ils vont être rapatriés dans leur pays d’origine, domiciliés principalement en Grande-Bretagne et en Allemagne, « seulement » 10 000 pour la France.

Voilà le bilan non exhaustif de la mise en faillite du plus grand opérateur de tourisme en Europe.

Cela fait des mois que la compagnie Thomas Cook se débat au bord de la faillite mais sans aucune gêne elle a continué à vendre ses produits et à empocher des centaines de millions d’euros, en sachant pertinemment dans quelle situation ses centaines de milliers de clients allaient se retrouver. Car, au-delà de ceux laissés en rade un peu partout dans le monde, il y a tous ceux qui ont payé rubis sur l’ongle un voyage qui n’aura pas lieu et qui ne savent pas s’ils vont être remboursés ni quand.

Ce résultat découle d’une des règles de base du capitalisme, à savoir l’irresponsabilité des actionnaires au cas où les choses tournent mal. Et cela vaut aussi bien vis-à-vis de leurs salariés que de leurs clients et débiteurs. C’est le principe même des sociétés anonymes : en cas de faillite, ils ne perdent que leur capital, si toutefois il n’est pas le résultat des emprunts qu’ils ont contractés, et ils ne sont responsables ni de leurs dettes, ni du sort dramatique qu’ils réservent sans préavis à leurs salariés. Mais l’affaire Thomas Cook, mise sur la place publique, a de telles répercussions que journalistes et spécialistes se mettent à disserter sur les « mauvais choix », et le caractère exceptionnel de ce cas.

Dans un monde où règnent la concurrence et la course au profit individuel, cette entreprise, comme bien d’autres avant elle, pliera bagage, sans que ce soit les actionnaires qui paient les pots cassés de leurs décisions. Disparu le 1,3 milliard de livres, soit près de deux milliards d’euros, de dettes accumulées. À qui ont-elles profité ? Mystère. Disparue la responsabilité vis-à-vis de ses employés dont l’entreprise n’a plus à assumer les salaires et indemnités. Ceux qui regardaient la télévision en 2008 ont sans doute gardé en mémoire les images des dizaines de milliers de salariés de Lehman Brothers jetés en quelques minutes à la rue, au sens propre du terme, et sortant effarés et perdus du siège de la banque.

Paul SOREL