AME : mensonges sur ordonnance

25 Septembre 2019

Le gouvernement, en commandant un rapport sur l’Aide médicale d’État (AME) destinée aux sans-papiers, a donné le signal à une nouvelle campagne mensongère et xénophobe de la part de politiciens macronistes, de droite ou lepenistes.

Ainsi Stanislas Guérini, député et délégué général de la République en marche, a déclaré le 10 septembre : « J’entends qu’il peut y avoir des abus de l’utilisation de l’AME, par exemple pour financer des prothèses mammaires. On voit bien qu’on n’est pas dans des situations d’urgence. » Dans la foulée, Valérie Pécresse, pour LR, s’est déclarée le 22 septembre « pour la restriction de l’AME au seul panier de soins nécessaires : par exemple, une maladie grave, un virus ou une urgence sanitaire. Aujourd’hui, les bénéficiaires de l’AME sont couverts à 100 % ! C’est injuste pour les classes moyennes, qui paient de plus en plus cher leur mutuelle. » Évidemment, le RN, sur son terrain de prédilection, ne pouvait pas être en reste. Son porte-parole Bardella, reprenant l’exemple des prothèses mammaires, a prétendu que « toute la palette de soins gratuits est offerte aujourd’hui aux personnes qui viennent de manière irrégulière ».

Il s’agit de mensonges purs et simples. Médecins du monde a rappelé que « l’AME est moins avantageuse que la Sécurité sociale ou que la CMU ». Elle ne couvre que les prestations de base, prises en charge par la Sécurité sociale, et certainement pas 100 % des soins.

Ainsi l’AME n’ouvre pas droit aux actes de chirurgie esthétique, pas plus que pour les autres assurés. Le cas des prothèses mammaires est une invention : elles ne peuvent être prises en charge que pour des raisons médicales, par exemple dans le cas d’un cancer du sein. Il faut tomber bien bas pour s’en indigner. Pris en flagrant délit de mensonge, Guérini a depuis dû admettre que « l’exemple était mal choisi » : il en recherche toujours un autre.

L’argument financier, sur le coût supposé du dispositif, est non seulement révoltant mais aussi mensonger que les autres. Restreindre l’accès aux soins pour une partie de la population, parmi la plus défavorisée, signifierait inévitablement le développement et la propagation de maladies infectieuses, et donc des dépenses de soins bien supérieures, sans parler de leur coût humain.

En tout cas, il y a un terrain marécageux et malodorant dans lequel l’infection raciste et nationaliste se développe : c’est celui des politiciens bourgeois en quête de suffrages.

Christian BERNAC