Algérie : le chef de l’armée veut resserrer l’étau

25 Septembre 2019

Sept mois après le début de la contestation en Algérie, le chef de l’état-major Ahmed Gaïd Salah, nouvel homme fort du pays depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika, use de la force et de l’intimidation pour tenter d’imposer l’élection présidentielle du 12 décembre et en finir avec le mouvement.

Les restrictions aux libertés d’expression et de manifestation sont accompagnées d’une vague d’arrestations. Elles se sont multipliées en particulier à Alger, où la police procède à chaque manifestation à des interpellations. Rien qu’à la prison d’El Harrach à Alger, une centaine de personnes seraient en détention pour attroupement sans autorisation ou atteinte à l’intégrité du territoire. En une semaine, trois personnalités politiques connues ont été arrêtées : Karim Tabbou, dirigeant de l’UDS, pour entreprise de démoralisation de l’armée, ainsi que Samir Benlarbi et Fodil Boumala, pour atteinte à l’unité du territoire national.

Dans ce contexte, l’ordre donné à la gendarmerie par le chef de l’armée, d’empêcher l’accès à la capitale aux manifestants venant des autres régions du pays, n’a fait qu’attiser la colère. Pour justifier cet interdit, il n’a pas hésité à affirmer que ces manifestants agissaient pour le compte de « la bande », c’est-à-dire les voleurs qui ont pillé les richesses du pays !

Si cela fait déjà des mois que l’accès à la capitale le vendredi est rendu difficile par la suppression des trains de banlieue et les barrages filtrants des gendarmes, ce bouclage d’Alger revendiqué et médiatisé a été vécu comme une menace et une provocation.

Vendredi 20 septembre, la réponse des manifestants a été cinglante. Malgré les menaces, ils ont défilé massivement à Alger et dans une quarantaine de villes. Dans la capitale, les familles, les jeunes des quartiers populaires de Belcourt, Bab El Oued et la Casbah étaient présents en nombre, affichant leur fierté d’être toujours mobilisés, accueillant les manifestants des autres villes au cri de « Bienvenue aux autres wilayas ! ». Certains étaient venus en voiture la veille, d’autres par la mer, d’autres à pied en suivant les voies de chemin de fer. Par défi, des jeunes portaient des tee-shirts avec les matricules d’autres wilayas inscrits au dos. Avec détermination, ils ont répondu à Gaïd Salah : « Une démocratie, pas une caserne ! », « Gaïd Salah dégage ! », « Pas d’élection avec le gang ! »

La décision de placer un ex-ministre de Bouteflika à la tête de l’autorité « indépendante » chargée de superviser les élections nourrit le sentiment que le système se protège pour que rien ne change. Ce sentiment est renforcé par un quotidien dégradé par la hausse du chômage et une inflation galopante qui touche de plein fouet les classes populaires. Ces dernières semaines, le phénomène des harragas a repris de plus belle. Empruntant des embarcations de fortune, de nombreux jeunes sont morts en mer, laissant des familles dans le désarroi.

Pour défendre leurs droits démocratiques, comme leur droit à une existence digne, les travailleurs et les classes populaires sont conscients qu’ils n’ont d’autre choix que de s’organiser et d’amplifier leur mobilisation.

Leïla Wahda