Balkany : tant qu’on a la Santé...

18 Septembre 2019

Les époux Balkany ont donc été condamnés à de la prison ferme, trois ans pour elle, quatre ans pour lui, ainsi qu’à dix ans d’inéligibilité. C’est un dénouement provisoire puisqu’un autre procès pour présomption de corruption les attend le 18 octobre.

La justice leur reproche d’avoir dissimulé divers biens immobiliers, dont une villa aux Antilles (à Saint-Martin) et une luxueuse demeure au Maroc, d’avoir sous-estimé leurs revenus et de ne pas avoir payé d’impôts sur la fortune pendant cinq ans, malgré des revenus estimés à 16 millions d’euros annuels.

L’incarcération de Patrick Balkany a été immédiate, dans le quartier pour privilégiés à la prison de la Santé. Cette procédure réservée à des condamnés soupçonnés de vouloir prendre le large a déclenché la polémique dans le monde politicien où beaucoup se sont émus, de la gauche jusqu’au Rassemblement national.

Pourtant la carrière des Balkany n’a pas manqué de péripéties judiciaires, dont ils sont généralement sortis indemnes sauf en 1996 avec une condamnation à de la prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts et emploi de travailleurs municipaux pour leur service personnel. Cette fois la sanction est plus lourde, sans doute parce que tout le système RPR des Hauts-de-Seine a fait son temps.

En effet, c’est dans ce cadre, à l’époque de Pasqua, que Balkany a commencé sa vie politique. Plus proche ensuite de Sarkozy, bénéficiant de l’appui des industriels du bâtiment, comme Bouygues, après avoir battu le maire communiste de Levallois-Perret en 1983, il a accompagné la transformation de la ville. Il y a développé un quartier d’affaires et multiplié des résidences haut de gamme à la place des friches laissées par les usines fermées. Les centaines de millions de la promotion immobilière ont afflué dans cette commune limitrophe de Paris et Neuilly, en bord de Seine. Outre les promoteurs, bien des intermédiaires se sont alors enrichis.

Après avoir transformé la ville, en chassant au passage les travailleurs incapables de se loger dans ce sous-Neuilly, les Balkany considèrent en quelque sorte Levallois comme leur propriété. Pasqua décédé, Chirac retiré, Sarkozy retraité, Balkany s’est retrouvé sans protection. Et ça rend la vie plus difficile…

Sylvie MARÉCHAL