Taxe sur les yachts : fisc de complaisance

11 Septembre 2019

À peine élu, Macron avait supprimé l’impôt sur la fortune, offrant ainsi quatre milliards d’euros aux contribuables les plus aisés. En même temps il diminuait l’aide au logement (APL), pour un montant global de 1,5 milliard.

Le gouvernement montrait ainsi crûment qu’il prenait dans les poches des plus pauvres de quoi faire des cadeaux aux plus riches. Pour dissimuler cette évidence, il inventa alors une taxe sur les yachts, censée rapporter dix millions d’euros en année pleine. Non seulement cela aurait été une goutte d’eau dans la mer mais, en 2017, cette taxe a seulement rapporté 288 000 euros à l’État, soit quarante fois moins que prévu.

Ce n’est pas qu’il y ait moins de yachts ou moins de milliardaires. Au contraire, la vente de navires de luxe a retrouvé son niveau de 2008, année du record… et de la crise financière. 150 yachts neufs ont été livrés dans le monde en 2018, de plus en plus onéreux, de plus en plus grands, de plus en plus luxueux. La mode est aujourd’hui au yacht d’exploration polaire : La Datcha, dernier navire de ce type, lancé en juillet, se loue 690 000 euros la semaine, pour douze passagers.

Ces bateaux sont en général acquis par des sociétés écran et enregistrés dans des paradis fiscaux. Ils naviguent sous pavillon de complaisance, même lorsqu’ils passent l’année à Cannes ou à Saint-Tropez. Il y en a des dizaines dans ces ports méditerranéens et quelques autres, dont un bon nombre appartiennent de fait à des contribuables français, mais le fisc n’a su en trouver que six à imposer.

Il est plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille qu’un milliardaire par la porte d’une perception.

Paul GALOIS