Mille milliards d’euros : le magot des parasites

11 Septembre 2019

My boss is rich. Pas seulement lui, mais aussi la trésorerie des entreprises. À l’instar de celle des États-Unis, la trésorerie des entreprises dont le siège est en Europe, ainsi que celles du Moyen-Orient et d’Afrique, s’est envolée en 2018.

Près de 1 100 milliards d’euros, c’est le trésor de guerre des groupes capitalistes de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), dont l’activité, en principe, n’est pas spécialisée dans la finance. Dix ans après la crise des « subprimes », ces entreprises ont su se construire, d’après l’agence de notation Moody’s, un matelas de liquidités d’une épaisseur record, et surtout en hausse de 15 % en un an.

Loin du bas de laine des ménages, le volumineux cash des entreprises a pour fonction d’alimenter les rachats d’actions, qui font monter la cotation en Bourse et se traduisent mécaniquement par une hausse des dividendes. Mais plus encore, il permet aux capitalistes de guetter les opérations de fusion-acquisition, c’est-à-dire de rachat d’entreprises. Si les plus gros actionnaires se réjouissent, ces opérations financières se traduisent, dans la vie réelle, par des suppressions d’emplois en cascade.

À l’heure où les tarifs de l’électricité et du gaz ont bondi en France, cela ne consolera pas les consommateurs d’apprendre que, toujours selon Moody’s, les plus gros détenteurs de trésorerie sont, en Europe, les grandes entreprises du secteur de l’énergie. EDF par exemple, troisième parmi les gros « accumulateurs », a vu ses réserves prospérer de 30 % en un an, jusqu’à atteindre 34 milliards d’euros. EDF s’est construit ce matelas de bonne graisse non point tant grâce à son activité d’énergéticien – surtout à celle des 150 000 salariés – que grâce à ses activités financières.

Les bas taux d’intérêt, tellement bas qu’ils en sont négatifs, permettent à ces sociétés de gonfler encore leurs réserves et de multiplier les spéculations et opérations financières, au détriment des emplois et des consommateurs, imposant ainsi la double peine à la population ouvrière. Ces masses d’argent accumulées par les capitalistes dans la sphère industrielle et celle des services, à mille lieues d’augmenter la production ou d’améliorer les conditions de travail, partent en pure perte pour la société. Au contraire, elles créent des chômeurs et accélèrent la formation de la bulle financière spéculative. Du pur parasitisme !

Viviane LAFONT