Maroc : avorter, c’est risquer la prison

11 Septembre 2019

Une journaliste marocaine a été arrêtée et emprisonnée sous l’accusation d’avortement illégal et de relations sexuelles hors mariage. Elle risque jusqu’à deux ans de prison. Au Maroc en effet, l’avortement est interdit, excepté quand la vie de la femme est en danger. Des centaines de milliers de femmes en subissent chaque année les conséquences.

On estime que 600 à 800 femmes avortent clandestinement chaque jour. Les plus aisées peuvent faire appel à des professionnels, dans des cliniques ou des cabinets gynécologiques : le tarif d’un avortement dans ces conditions peut aller jusqu’à 4 000 dirhams (368 euros), presque deux fois le salaire minimum mensuel. Les plus pauvres doivent se contenter des « faiseuses d’anges », avec des conséquences parfois dramatiques pour leur santé, voire le suicide ou l’abandon du bébé au coin d’une rue pour celles qui ne sont pas parvenues à avorter.

Jusqu’en août 2018, des femmes utilisaient un anti-inflammatoire vendu sans ordonnance, l’Artotec, pour avorter de façon médicamenteuse. Mais constatant cet usage détourné, le ministère de la Santé l’a interdit à la vente. Désormais, pour s’en procurer, il faut passer par le marché noir… et payer plus cher.

Suite à la diffusion sur France 2 d’un reportage sur ce drame des avortements clandestins au Maroc, en décembre 2014, le roi Mohamed VI avait fait mine de vouloir élargir quelque peu les conditions autorisant l’interruption volontaire de grossesse. En juin 2016, un conseil de gouvernement avait adopté un projet de loi autorisant l’avortement dans les cas de maladie incurable du fœtus, de viol ou d’inceste… mais plus de trois ans après, la loi n’a toujours pas été promulguée.

Ce serait de toute façon une avancée dérisoire dans un pays où une femme portant plainte pour viol peut se mettre elle-même en danger si elle ne parvient pas à le prouver, puisque les relations extraconjugales sont aussi punies par la loi. Plusieurs femmes dans ce cas sont actuellement incarcérées.

Le régime marocain est rétrograde et répressif dans le domaine des droits des femmes comme dans tous les autres. Cela n’empêche pas le gouvernement français d’entretenir avec lui les relations les plus cordiales. On a les amis qu’on mérite.

Valérie FONTAINE