Enfants handicapés : pénurie d’accompagnants

11 Septembre 2019

Jean-Michel Blanquer a présenté la scolarisation des enfants handicapés comme « un des points majeurs de la rentrée ». Mais, comme les autres années, de nombreux enfants n’ont aucune solution de prise en charge.

Le ministre de l’Éducation ainsi que la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées ont annoncé que 23 500 enfants handicapés supplémentaires sont scolarisés, dont 86 % à temps plein, grâce au recrutement de 4 500 AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) supplémentaires. Ils prétendent aussi avoir amélioré le statut des AESH, les anciens AVS, puisqu’ils ne seront plus recrutés en contrats aidés, mais en CDD de trois ans, renouvelable trois ans supplémentaires, qui pourrait ensuite se transformer en CDI.

Il faut une bonne dose de mauvaise foi pour présenter cela comme la fin de la précarité, alors qu’il faudra attendre six ans pour pouvoir espérer un CDI. D’autant plus qu’une bonne partie des contrats d’AESH sont à temps partiel imposé, souvent de 18 ou 20 heures par semaine, pour des salaires de l’ordre de 600 euros.

Plusieurs journées de grève et de manifestations ont eu lieu au cours de l’année pour dénoncer ces contrats précaires, ainsi que la mise en place des Pôles inclusifs d’accompagnement localisé (PIAL), des organismes qui regroupent les AESH d’un quartier, de façon à pouvoir les envoyer travailler quelques heures dans une école, puis dans une autre, ou dans un collège. C’est une dégradation pour les conditions de travail des AESH, mais aussi pour certains enfants qui ainsi ne sont scolarisés que quelques heures par semaine, alors qu’ils pourraient l’être à temps plein, à condition d’être accompagnés.

Faute de chiffre officiel sur le nombre d’enfants handicapés non scolarisés, l’Unapei, une association qui milite pour l’accès des enfants handicapés à l’éducation, a lancé une plateforme pour recenser les familles sans solution. Les nombreux témoignages sont parlants : à Nantes, Richka, 7 ans, n’a pas fait sa rentrée le 2 septembre car elle n’a pas d’AESH, alors que depuis sa scolarisation en 2017 elle avait beaucoup progressé au niveau du langage, du comportement, du rapport avec les autres. À Lyon, dans l’école d’Antoine, 9 ans, aucun des six élèves qui devaient bénéficier d’un AESH n’en a pour l’instant. À Chalon-sur-Saône, une AESH a été nommée pour deux enfants porteurs de handicaps assez lourds, et ne pourra pas prendre en charge les deux à la fois.

Enfin, de nombreux enfants ont des handicaps trop lourds pour être scolarisés dans une école classique, et devraient être pris en charge dans des structures spécialisées, des IME (instituts médico-éducatifs). Mais le manque de places est tel que les listes d’attente peuvent être de quatre ou cinq ans !

Autant de témoignages qui contredisent l’autosatisfaction de Blanquer.

Hélène COMTE