Algérie : poursuite du bras de fer entre le chef de l’armée et le mouvement populaire

04 Septembre 2019

Alors qu’en Algérie le mouvement populaire est entré dans son septième mois, des cortèges ont encore parcouru les principales villes, vendredi 30 août, scandant des slogans hostiles à une élection présidentielle qu’organiseraient les hommes du système.

Chargé de mettre en place cette élection, le panel de personnalités initié par le président par intérim et formé par Karim Younes est rejeté par les manifestants : « Karim Younes à la poubelle », « Pas d’élections avec la bande ». Les manifestants ont aussi répondu au chef d’état-major, Gaïd Salah, appelant à une élection dans les plus brefs délais : « Y’en a marre des généraux », « Un État civil, pas un État militaire ».

Les espoirs de changement qui s’expriment depuis février sont loin d’être satisfaits. Manifester, circuler, se réunir, s’exprimer librement n’est toujours pas acquis. Bien que des manifestations aient lieu chaque vendredi et mardi à Alger, la loi qui interdit d’y manifester n’a toujours pas été levée. Le vendredi, l’accès au centre de la capitale est rendu difficile par la suppression totale des trains de banlieue et par les barrages de gendarmes qui refoulent les voitures de manifestants venus d’autres villes. Depuis le 20 juin, l’interdiction du drapeau berbère, vécue comme une tentative de division par les manifestants à travers tout le pays, a conduit une quarantaine de porteurs de ce drapeau en détention.

En ayant fait arrêter des hauts responsables, des généraux et des grands patrons enrichis durant l’ère Bouteflika, Gaïd Salah dit avoir répondu aux exigences populaires. Si ces arrestations ont pu réjouir une partie de l’opinion, cela n’a pas dissuadé les manifestants qui y voient, à juste titre, des règlements de comptes entre clans rivaux et une tentative de leur jeter de la poudre aux yeux.

Et puis rien n’a changé dans le quotidien des travailleurs et des classes populaires. Avec la crise qui s’aggrave, chômage et inflation sont repartis de plus belle. Les comptes des entreprises dont les patrons ont été arrêtés ont été gelés, mettant un certain nombre d’entre elles à l’arrêt et des centaines de PME qui en dépendent sont en faillite. L’emploi de dizaines de milliers de travailleurs est menacé, et il y a tous ceux qui n’ont pas été payés depuis des mois.

Les revendications sociales, jusqu’à présent à l’arrière-plan derrière l’idée qu’il fallait d’abord « dégager le système », sont toujours là. Cet été, dans plusieurs localités, des émeutes ont éclaté. La jeunesse revendique une vie meilleure, plus d’équité dans la distribution des postes de travail et des logements, du courant électrique de bonne qualité, et enfin d’être entendue et écoutée par les responsables.

Le 3 septembre, pour tenter de mettre fin à la crise politique, Gaïd Salah a annoncé une élection présidentielle pour le 15 décembre. Rejetée par le mouvement populaire, celle du 4 juillet avait dû être annulée. Qu’en sera-t-il le 15 décembre ?

Divers regroupements de partis tentent d’apparaître comme des solutions de rechange. La plupart ont soutenu le système et sont discrédités auprès du mouvement populaire, que ce soit les Forces de l’alternative démocratique (RCD, FFS, PT, MDS, PST) ou les Forces du changement autour des islamistes et d’Ali Benflis, ex-Premier ministre FLN.

Pour améliorer leur sort et en finir vraiment avec un système qui les a méprisés et opprimés, les travailleurs et les classes populaires devront compter sur leur force collective, sur leur capacité à l’utiliser et sur leur conscience.

Leïla Wahda