Permis de conduire : une réforme à mille bornes du nécessaire

13 Août 2019

Trois mesures concernant le permis de conduire entrent en vigueur. D’après le gouvernement, il s’agit d’abaisser son coût, estimé à 1 800 euros en moyenne, et de réduire l’attente pour passer l’examen, qui atteint des mois (huit mois en Île-de-France).

Concernant l’apprentissage en conduite accompagnée, il sera accessible à 17 ans au lieu de 17 ans et demi. Ceux qui bénéficient de cette formation obtiennent plus facilement leur permis. Mais c’est une mesure en trompe-l’œil, soulignent les associations pour la sécurité routière, car un quart des permis seulement en résultent : un plafond constant que cette mesure n’a aucune raison de faire sauter.

L’apprentissage sur simulateur sera étendu de 5 à 10 heures dans les forfaits. Or les heures sur simulateur sont facturées moins cher, car elles n’entraînent ni dépenses de carburant ni amortissement des véhicules : c’est ainsi que le coût du permis est censé baisser. Mais ces heures sont envisagées aux dépens des heures de conduite effective, pourtant indispensables. Rien ne dit que les apprentis conducteurs n’auront pas autant besoin de ces heures, qu’ils devront bien payer avant de passer leur examen.

La troisième mesure concerne le permis de conduire les voitures à boîte de vitesses automatique, qui existe déjà, moyennant un forfait de base de 13 heures au lieu de 20 heures pour la conduite manuelle. On pourra ensuite passer le permis manuel à raison de 7 heures supplémentaires, au bout de trois mois au lieu de six actuellement. C’est une incitation à passer d’abord un permis dont le coût est certes moindre, mais avec moins d’heures de conduite. Et encore faudra-t-il pratiquer au cours de ces trois mois : or, seul un tiers des véhicules neufs, les plus chers, sont équipés d’une boîte automatique.

L’enseignement de la conduite est entièrement privé en France, assuré, d’après les statistiques, par 12 700 auto-écoles. Le gouvernement Macron a même élargi cette concurrence : les auto-écoles se plaignent de l’ubérisation du secteur, avec des moniteurs auto-entrepreneurs qu’on peut désormais louer sur des plateformes en ligne.

Le prétendu permis moins cher correspond donc en réalité à un apprentissage toujours coûteux et au rabais. Le gouvernement envisage seulement de défiscaliser l’achat des simulateurs, pour les écoles qui n’en sont pas encore équipées.

Savoir conduire est pourtant indispensable, pour se déplacer et souvent pour décrocher un emploi. L’apprentissage de la conduite devrait être gratuit, organisé dans le cadre scolaire, comme c’est déjà en partie le cas pour le Code de la route. Quant aux patrons des auto-écoles, même si rien ne les empêche d’avoir d’autres clients, rien ne dit qu’ils y perdraient s’ils étaient payés par l’État pour enseigner la conduite.

Pierre MERLET