Mort de Steve : des témoignages accablants

13 Août 2019

Une association locale a réuni les témoignages de 148 personnes, victimes de la charge policière qui a abouti à la noyade de Steve Maia Caniço, le 22 juin à Nantes. Ces témoignages s’ajoutent à ceux des secouristes présents sur les lieux, évoquant une atmosphère de zone de guerre.

Ils contredisent les conclusions de l’IGPN, la police des polices, qui dans son rapport affirmait qu’il n’y avait aucun lien entre l’intervention des forces de l’ordre et la disparition de Steve Maia Caniço.

Tous les témoignages confirment qu’il s’agissait bien d’une charge délibérée, sans sommation, pour évacuer du quai des centaines de gens, avec la Loire comme seule échappatoire.

Il faisait nuit, certains participants endormis se sont réveillés en panique, et très vite le quai a été envahi par les gaz lacrymogènes. La police a abondamment fait usage de gaz, de coups de matraque et de tirs de LBD à bout portant. Il est difficile de ne pas voir de lien entre l’intervention de la police et les chutes de personnes dans l’eau.

Dix-huit témoins affirment avoir vu des personnes tomber dans la Loire. Certains, qui ont alerté les policiers, se sont vu répondre : « C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers », ou mieux : « Cassez-vous, ou on vous embarque. »

89 participants, dont certains ont été sérieusement blessés par les policiers ou sont tombés à l’eau, ont déposé une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique.

L’IGPN se justifie en prétendant que son action ne remplace pas le travail de la justice, une procédure judiciaire pour homicide involontaire étant ouverte par le procureur de Nantes.

Mais combien de temps les victimes, la famille et les proches de Steve devront-ils attendre le verdict de la justice, si tant est que l’affaire n’est pas enterrée d’ici là ? En attendant, la seule expression publique du ministère de l’Intérieur, à travers les conclusions de l’IGPN, aboutit à blanchir les policiers. C’est un encouragement à poursuivre les violences, employées notamment lors du mouvement des gilets jaunes.

Le message a été reçu cinq sur cinq car, dès la manifestation du 3 août en hommage à Steve et contre les violences policières, un homme de 51 ans affirme avoir été violemment étranglé jusqu’à l’étouffement par des policiers de la BAC. Les policiers n’ont pas été inquiétés, en revanche leur victime, après un passage à l’hôpital, a été placée vingt-quatre heures en garde à vue.

Voilà ce que le gouvernement, à travers les mots de Castaner et de Philippe, appelle des actions justes et proportionnées.

Alain CHEVARD