Italie : Salvini voudrait gouverner seul

13 Août 2019

Entre deux allers-retours vers les plages de l’Adriatique où il passe l’été en délivrant ses interviews, vêtu d’un bermuda et entouré d’une meute de journalistes, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini a annoncé que l’expérience de gouvernement avec le mouvement Cinq étoiles de Luigi Di Maio et Beppe Grillo était close et qu’il veut des élections anticipées au plus vite.

La crise gouvernementale ainsi ouverte était cependant une crise annoncée. Le mouvement Cinq étoiles (M5S), bien que sorti vainqueur des élections de mars 2018, n’avait pu parvenir au gouvernement qu’en s’alliant avec la Ligue, le parti d’extrême droite dirigé par Salvini, pourtant alors encore loin derrière en termes de voix. Celui-ci a su se servir largement de cette situation pour se renforcer aux frais de son allié, au point qu’il pense maintenant pouvoir sortir vainqueur de nouvelles élections, sans plus avoir besoin du M5S.

Le mouvement de Beppe Grillo et Luigi Di Maio avait su profiter de l’énorme déception de l’électorat de gauche après des années de gouvernements du Parti démocrate. Après avoir subi leurs politiques d’austérité accompagnées de nombreuses attaques antiouvrières, cet électorat s’était tourné vers ce mouvement qui en dénonçait l’incapacité et la corruption, en promettant une gestion honnête et démocratique du pouvoir. Il n’a pas fallu longtemps pour que l’on voie que les promesses de ces nouveaux politiciens se prétendant antisystème n’étaient que du vent.

Di Maio et Beppe Grillo dénonçaient pêle-mêle les partis, les idéologies, les vieilles idées, mais faisaient bien attention à n’en défendre réellement aucune autre. Que ce soit en matière sociale pour défendre les droits des travailleurs face à la crise, ou sur la question des migrants, ils préféraient ne pas répondre. Mouvement sans consistance politique, prétendant que l’honnêteté revendiquée de ses représentants suffirait à donner une solution aux problèmes, le passage des Cinq étoiles au gouvernement a été une suite de capitulations devant les exigences de leur allié d’extrême droite qui, lui, était bien déterminé à imposer une politique et occupait la scène par ses déclarations provocatrices et tonitruantes.

Luigi Di Maio a donc dû revoir à la baisse ses objectifs, par exemple concernant l’instauration d’un revenu de citoyenneté qui était un de ses seuls engagements concrets, et s’est aligné sans mot dire sur la scandaleuse politique antimigrants de Salvini. Il a avalisé le dernier décret de celui-ci, qui comporte des sanctions et des amendes extravagantes pour quiconque aide les migrants, mais aussi des menaces contre les manifestations et les grèves. Tout au plus le M5S a-t-il tenté de sauver la face en protestant quand le projet de TGV Lyon-Turin est passé, alors que le mouvement s’est toujours déclaré opposé aux grands projets inutiles et au gâchis financier qu’ils représentent. Cela n’a fait que fournir à Salvini le prétexte pour mettre fin à l’alliance.

Les dernières élections régionales et européennes ont confirmé que cette alliance politique profitait avant tout au parti de Salvini, qui a véritablement siphonné les voix du M5S et aujourd’hui compte bien encaisser le résultat. Malheureusement, cela marque aussi le succès des idées réactionnaires, racistes et xénophobes dont le leader de la Ligue s’est fait le héraut. Di Maio et Grillo, qui n’ont jamais voulu combattre ces idées et ont au contraire jugé habile de s’allier avec un parti d’extrême droite, vont sans doute le payer. Mais ils auront aussi servi de pont conduisant une partie de l’ancien électorat de gauche qui votait Parti démocrate vers cette extrême droite qu’ils ont aidée à banaliser ses idées et sa propagande de caniveau.

André FRYS