Campings : la fin du bon marché

13 Août 2019

Lors de la mobilisation des gilets jaunes, nombre d’entre eux ont expliqué que, devant se battre pour joindre les deux bouts, ils ne pouvaient plus partir en vacances. Ces dernières années, 65 % des Français auraient renoncé à prendre des vacances pour des raisons financières, et 4 sur 10 de manière répétée. Une raison est notamment que le camping, qui fut longtemps, avec les séjours en famille, synonyme de vacances bon marché, est de plus en plus coûteux.

Ainsi, alors que les campings classés une et deux étoiles représentaient 65 % du parc en 2001, ils ne sont désormais plus que 29 %. Les établissements haut de gamme, de trois, quatre ou cinq étoiles, représentent 71 % des 7 800 campings français, et gagnent chaque année du terrain. Le séjour y coûte maintenant, en moyenne, 24 euros par nuitée pour deux personnes, et 36 euros dans un camping trois étoiles. Et dans les campings équipés d’une piscine, ou situés dans les départements de la Côte d’Azur, ou plus généralement en bord de mer, il faut ajouter 10 euros par nuitée.

Dans cette hôtellerie de plein air, le parc des campings est aujourd’hui composé à près de 30 % par des bungalows et des mobile-homes. Ceux-ci sont nettement plus chers. Dans un camping 4 étoiles, la location d’un mobile-home ou d’un bungalow coûte, pour une semaine, 850 à 1 400 euros. Un budget rédhibitoire pour les familles populaires.

À qui la faute ? Pour les campings privés, les bénéfices sont plus élevés dans le haut de gamme. Et puis, les campings gérés par des associations ou des collectivités locales, souvent meilleur marché, sont de moins en moins nombreux. De nombreuses communes ont fermé les leurs. C’est par exemple le cas à Royan (Charente-Maritime), dont le camping créé en 1956 a fermé en 2017. À Saint-Malo, sur les quatre campings municipaux, deux ont fermé et la gestion des deux derniers a été confiée au privé, la mairie expliquant : « Chacun son métier. » À Quiberon (Morbihan), le camping municipal du Goviro doit également fermer, malgré une mobilisation des campeurs ces jours derniers. Parmi les raisons des fermetures, il y a la diète à laquelle l’État soumet les communes. Mais il y a aussi parfois des choix politiques de mairies privilégiant un tourisme haut de gamme, plutôt que populaire.

En vacances comme le reste de l’année, les inégalités se creusent, dans une société de plus en plus dure pour les plus pauvres.

Michel BONDELET