Guadeloupe : grève au CHU et mobilisation populaire

07 Août 2019

En Guadeloupe, les agents du Centre hospitalier de Pointe-à-Pitre / Abymes (CHU PPA) sont entrés en grève le 23 juillet. La grève avait commencé le 10 juillet dans deux services particulièrement atteints : le pôle parents-enfants et les Urgences. Progressivement, le mouvement a gagné les autres services et d’autres hôpitaux : celui de Capesterre-Belle-Eau et celui de Basse-Terre.

Les conditions de travail du personnel, les conditions d’hébergement et de soins des patients sont depuis longtemps déplorables. Et à la suite de l’incendie survenu fin novembre 2017, elles sont devenues catastrophiques. Les locaux sont vétustes, dans certains services l’air confiné sans climatisation ni ventilation est irrespirable. Les moisissures et la vermine prolifèrent. En cas de pluie, l’eau s’écoule des plafonds, entraînant des risques de chutes et d’électrocution. Certains services, dont le pôle parents-enfants ont été déménagés vers des cliniques privées des alentours dans des conditions difficiles. Le personnel manque de tout pour mener à bien son travail. Les parents des malades doivent apporter eux-mêmes les médicaments et le petit matériel de soin. Les médecins s’en vont, faute de moyens.

À l’issue de la grève générale de 44 jours en 2009, les accords signés prévoyaient des mesures de réhabilitation du CHU. Rien n’a été fait. Les autorités de santé, et particulièrement la directrice de l’ARS Valérie Denux, médecin militaire envoyée par le gouvernement pour gérer la situation à moindre coût, tablent sur la construction du nouveau CHU dont l’achèvement est prévu pour 2022. Le CHU sera sans doute plus moderne, mais ce sera un CHU au rabais, dont on sait déjà qu’il comptera moins de lits que l’actuel. De là à envisager la réduction du personnel, il n’y a qu’un pas, vite franchi : cette dame et le récent directeur guadeloupéen du CHU, Gérard Cotellon, estiment ouvertement que la diminution de la masse salariale est la solution pour résorber la dette qui pénalise l’établissement. Il serait question de supprimer 900 postes, alors que le CHU emploie actuellement 3 000 agents dont de nombreux contractuels.

La politique de l’État de désengagement des services publics s’applique en Guadeloupe comme en France. Le CHU, qui est lourdement endetté auprès des fournisseurs (49 millions), devrait s’autofinancer grâce à la tarification à l’activité et selon madame Denux, « une meilleure gestion ». En juin, le gouvernement avait promis une aide de 20 millions qui n’est toujours pas arrivée. Les commandes ne sont plus honorées et la pénurie s’aggrave.

Les grévistes ont installé un piquet de grève à l’entrée, depuis lequel ils organisent un service minimum, laissant entrer le personnel soignant en nombre suffisant pour prendre en charge les malades.

La population est consciente du danger que représente l’état du CHU et soutient dans sa majorité la grève. Lors de l’assemblée générale organisée le 23 juillet, un millier de personnes se sont regroupées devant le CHU et ont pu entendre les témoignages alarmants de membres du personnel. Une manifestation a eu lieu le lendemain. Un appel à la grève était lancé pour le jeudi 1er août par les organisations syndicales. Trois mille manifestants ont défilé dans les rues de la ville, dont de nombreux travailleurs. Le mouvement va donc en se renforçant.

Une grève générale est appelée à partir du mardi 13 août par l’ensemble des syndicats, dont l’UGTG, le syndicat indépendantiste et la CGTG. Auparavant, l’ensemble des syndicats appelait à un meeting le mercredi 7 août à 19 heures à Basse-Terre et vendredi 9 août à Morne-à-l’Eau.

Marie Céline Deshauteurs