États-Unis : tuerie d’El Paso et menace d’extrême droite

07 Août 2019

Vingt-deux tués et vingt-six blessés, tel est le bilan de la fusillade commise le 3 août à El Paso, au Texas, une ville à la frontière mexicaine. Il s’agit, depuis le début de l’année, de la 250e tuerie dite « de masse » aux États-Unis, c’est-à-dire faisant au moins quatre morts.

Le tueur d’El Paso fait partie de la mouvance suprémaciste, c’est-à-dire raciste blanche. Il a annoncé après son arrestation vouloir tuer le plus possible de Mexicains, et publié peu avant son attentat sur Internet un manifeste dénonçant « une invasion hispanique du Texas » et soutenant la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en mars dernier où un autre raciste a tué cinquante personnes dans deux mosquées.

Quelques heures après El Paso, une autre tuerie a eu lieu dans une autre ville des États-Unis, à Dayton, faisant neuf morts. De nombreuses réactions ont mis en cause la législation américaine sur les armes. Il y a en effet, actuellement, plus de 270 millions d’armes à feu en circulation dans ce pays, cinq fois plus que dans le deuxième pays le plus armé, l’Inde. Trump, qui soutient l’industrie des armes à feu aux États-Unis, a balayé cette cause, déclarant : « La maladie mentale et la haine appuient sur la gâchette, pas le fusil », et incriminé... les jeux vidéo, Internet et les réseaux sociaux.

Mais au-delà du problème des armes à feu, l’attentat d’El Paso illustre les conséquences de toute la propagande et la surenchère raciste dont Trump est le premier protagoniste aux États-Unis. Et il est évident que ses déclarations n’ont pu que conforter les actes de haine raciste comme celui d’El Paso. Peu avant la tuerie, Trump avait relayé un tweet d’une figure de l’extrême droite anglaise, Katie Hopkins, connue pour avoir appelé à s’armer pour se battre contre l’invasion étrangère.

Le développement du racisme se nourrit de la crise du capitalisme, aux États-Unis comme dans les autres pays. Et il est alimenté par les propos et les prises de positions de politiciens de plus en plus réactionnaires comme Trump pour former un cocktail explosif. À l’échelle des USA, de l’Europe et de l’Australie, les attentats dus à l’extrême droite blanche sont en nette hausse ces dernières années.

La tuerie d’El Paso était le fait du délire meurtrier d’un seul individu. Mais ce sont également des groupes et parfois des organisations paramilitaires racistes qui se renforcent. La manifestation sanglante Unite the right (Unir la droite) de 2017 à Charlottesville rassemblait néonazis et autres nostalgiques du Ku Klux Klan. À la frontière entre les États-Unis et le Mexique, des milices de civils traquent les migrants en bénéficiant de la tolérance des autorités.

Ce genre de milices d’extrême droite se font aujourd’hui la main contre les migrants et elles ne rassemblent en réalité qu’un nombre réduit d’individus. Mais la crise aidant, elles pourraient se développer. Alors, elles deviendraient des armes mortelles, pas seulement contre les migrants d’un pays ou d’un autre, mais contre tous les travailleurs.

La politique de Trump ne peut que favoriser une telle évolution. Des politiciens comme les démocrates des États-Unis dénoncent ses propos outranciers. Mais au bout du compte, s’ils revenaient au pouvoir, ils mèneraient une politique très semblable à la sienne, en faveur des plus riches. Ils sont prêts, eux aussi, à leur manière, à faire le jeu d’une extrême droite qui se développerait sur le terrain de la crise.

Pour se mettre en travers de cette évolution, la classe ouvrière américaine devra s’armer, non contre les migrants mais contre le capitalisme et le parasitisme de la bourgeoisie ainsi que contre tous les courants politiques qui cherchent à la diviser.

Thomas Baumer