Deliveroo : colère des damnés du bitume

07 Août 2019

Des centaines de livreurs à vélo dépendant de la plateforme Deliveroo se sont mobilisés samedi 3 août dans plusieurs villes pour protester contre la nouvelle politique tarifaire mise en place par la société de livraison de repas à domicile. Et ils devaient le refaire mercredi 7 août.

À Paris, Toulouse, Nice ou encore Besançon, ces travailleurs ont bloqué les commandes Deliveroo de certains restaurants et se sont retrouvés en assemblée générale pour discuter de la suite à donner à leur mouvement.

En 2017 déjà, les livreurs s’étaient mobilisés quand Deliveroo avait décidé de ne plus payer par heure mais par livraison effectuée avec un tarif minimal de 4,70 euros à Paris. Depuis, la pression s’est encore accrue. Pour ne pas rater une course intéressante dans un créneau demandé, les livreurs attendent les yeux rivés sur leur portable. Les distances courtes sont privilégiées car elles permettent de multiplier les courses.

Avec la nouvelle tarification en vigueur depuis le 29 juillet, la rémunération minimale étant abolie, ce sont les distances longues qui rapportent plus. Sauf qu’en moyenne, c’est bien une baisse du salaire que les livreurs dénoncent. Selon le Collectif des livreurs autonomes de Paris (Clap 75) des courses peuvent maintenant rapporter moins de 3 euros et la diminution de la rémunération se situe entre 30 % et 70 %. Avec cette nouvelle politique, Deliveroo s’aligne sur les tarifs les plus bas du secteur pratiqués par Uber Eats. À cela s’ajoutent les frais d’acquisition d’un vélo électrique ou d’un scooter, indispensables pour faire des longues distances notamment dans les régions vallonnées.

Lors du rassemblement du 3 août Place de la République à Paris, on pouvait lire sur la banderole déployée par plusieurs dizaines de livreurs : « La rue est notre usine, les forçats du bitume relèvent la tête. » En effet, malgré les spécificités liées à leur statut d’indépendants ou d’autoentrepreneurs, les livreurs sont des travailleurs qui comme les salariés, subissent l’exploitation, étant de fait payés à la tâche. Comme tous les autres travailleurs, ils sont mis en concurrence afin d’augmenter les profits des patrons.

Les livreurs sont en fait une partie de la classe ouvrière et, comme bien des forçats avant eux, ils ont décidé de ne pas se laisser faire et comptent continuer leur mobilisation.

Paul MORI