Renault – Flins : canicule et fièvre du profit

31 Juillet 2019

Les 24 et 25 juillet, c’était alerte rouge en Île-de-France. Dans les bâtiments de l’usine Renault de Flins, dans les Yvelines, le thermomètre dépassait les 43 degrés, comme ailleurs.

Sauf que, sous les verrières et les toits de tôle, près des machines, des grosses presses où les ouvriers travaillent le métal et le long des chaînes de montage, il fallait supporter en moyenne 5 degrés de plus qu’à l’extérieur, et ce avec des rythmes de travail déjà pénibles avec 20° de moins.

Les malaises se sont succédé, plus d’une vingtaine, nécessitant parfois l’évacuation par les pompiers. Dans un secteur du département Peinture, des travailleurs ont dû débrayer le 24 au soir pour que la direction arrête une ligne de production sur les deux, afin que les pauses soient plus longues. Mais, alors que rien de vital pour la société ne sort des usines d’assemblage d’automobiles – les clients peuvent bien attendre un peu plus longtemps leur Zoe ou leur Clio 4 – la direction refusait d’arrêter la production, au moins pour l’équipe d’après-midi et de nuit, comme les militants CGT l’exigeaient. Beaucoup avaient en mémoire les tempêtes de neige qui avaient bloqué l’approvisionnement de l’usine en pièces et contraint la direction à supprimer les séances de travail, en prévenant tout juste les ouvriers concernés, d’ailleurs. Cette fois, elle se contentait de faire distribuer à volonté des bouteilles d’eau… à température !

En réunion du comité social et économique (CSE) le 25 juillet, journée pic de la canicule, les dirigeants de l’usine, venus éventail en main, refusaient à nouveau d’arrêter la production, provoquant le départ des délégués CGT. Le Code du travail ne fixe aucune limite de température au-delà de laquelle il serait interdit de faire travailler les salariés. Néanmoins l’employeur est censé procurer des moyens de rafraîchissement, et des normes de température existent en fonction de l’activité plus ou moins intense dans des locaux fermés. Les délégués ont donc déposé une alerte pour danger grave et imminent (DGI) et prévenu l’inspection du travail.

Des travailleurs, dans l’atelier des Presses, ont alors collectivement décidé de quitter le travail deux heures plus tôt et nombre d’autres, devant travailler l’après-midi ou la nuit, ne sont pas venus. Le patron aura finalement dû se contenter d’obtenir guère plus d’un tiers de son objectif de production.

Alors que les recommandations gouvernementales dignes de l’inventeur de l’eau tiède s’étalaient partout, incitant la population même jeune et en bonne santé à sortir le moins possible, à ne pas trop bouger et à bien s’hydrater, la soif des patrons de l’automobile, elle, reste insatiable.

Correspondant LO