La sécurité incendie oubliée

31 Juillet 2019

Une longue enquête du Journal du Dimanche sur la sécurité incendie dans les hôpitaux, reprise par la plupart des quotidiens, révèle une situation catastrophique dans beaucoup d’entre eux.

Ainsi, l’hôpital Bichat de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris est situé dans une grande tour de 15 étages, construite dans les années 1970. D’après les pompiers, il est impossible de la sécuriser. Pour les responsables de l’AP-HP, ce serait trop cher. Dans cette tour, il faut attendre de 5 à 10 minutes aux ascenseurs, pendant les heures de pointe. Depuis 2007, cet hôpital fait perpétuellement l’objet d’un avis défavorable d’exploitation, de la part de la commission de sécurité incendie. Quelques travaux ont bien été effectués mais, comme un nouvel hôpital devrait le remplacer au mieux en 2028, les autorités préfèrent attendre !

L’hôpital de La Timone de Marseille, lui, a reçu en 2017 un avis défavorable d’exploitation, et le rapport de la commission de sécurité incendie des Bouches-du-Rhône est édifiant : portes coupe-feux encombrées, défectueuses ou manquantes ; issues de secours cadenassées ou inopérantes ; vitres sans résistance au feu ; absence de désenfumage ; matériaux inflammables ; quasi-impossibilité d’évacuer les patients alités…

Les témoignages du personnel soignant et de celui chargé de la sécurité font froid dans le dos : « Notre plus grande crainte, c’est de ne pouvoir évacuer les personnes à cause des fumées. » Ils témoignent des défaillances du système de sécurité, et craignent qu’un millier de personnes puissent se retrouver piégées.

Combien d’hôpitaux, combien d’Ehpad, de cliniques, parmi les 6 270 structures de santé du pays, sont concernés par cet état de danger incendie ? Le ministère de la Santé prétend l’ignorer : « Les mises en conformité de sécurité incendie ne font pas l’objet de remontées centralisées. » Il faut revenir à 2013, à un rapport de la Cour des comptes, pour avoir quelques éléments chiffrés. À cette date, 16 % des bâtiments des CHU (centres hospitaliers universitaires) avaient reçu un avis défavorable d’exploitation. Pour la région parisienne, 20 établissements de l’AP-HP sur 37 ont actuellement un avis défavorable d’exploitation, mais la liste n’a pas été publiée. On sait simplement que, en plus de Bichat, les hôpitaux Saint-Antoine à Paris, Beaujon à Clichy et Louis-Mourier à Colombes sont concernés.

Comme dit un médecin de Marseille : « Entre les punaises de lit, les cafards, le manque de matériel, de personnel, la sécurité incendie n’est pas le problème principal. » Car cette mise en danger, du fait du non-respect des normes de sécurité, n’est qu’un des aspects de la misère des hôpitaux. Ce qui est en cause est le choix des autorités responsables, c’est-à-dire du gouvernement et de ses exécutants, ministère de la Santé et ARS. En restreignant au maximum les budgets consacrés à la santé, en laissant se dégrader par tous les bouts les hôpitaux, ils mènent une politique criminelle.

Bertrand GORDES