Députés pris pour cible : indignation sélective

31 Juillet 2019

En quelques jours, au moins huit permanences de députés ont été attaquées et plus ou moins saccagées. Elles ont été la cible de paysans en colère contre le Ceta, ou de manifestants en rage contre la politique de Macron.

Il n’en a pas fallu plus pour que de nombreux politiciens réagissent contre ce qu’ils appellent une flambée de violence. Le chômage, les licenciements, les retraites qui ne permettent pas de vivre, tout cela n’est donc pas violent à leurs yeux… puisque cela ne les concerne pas !

Il est vrai qu’à Perpignan, samedi 27 juillet, les individus en cagoule qui ont attaqué et incendié la permanence du député LREM Romain Grau, lors d’une manifestation de gilets jaunes, ont pris le risque de mettre en danger la vie des habitants de l’immeuble. Pour les autres actes, il s’agit d’inscriptions, de parpaings posés à la hâte pour murer les permanences visées, de fumier déposé devant les portes. On est loin de la montée de violences évoquée dans la presse. Combien de blessés chez les députés ? Combien d’yeux arrachés chez les élus ? Combien de députés portés disparus et dont le corps est retrouvé dans un fleuve ? Rien ne peut cacher le fait que la violence la plus réelle actuellement est le fait de la police.

Quant aux propos du député Grau : « Ils venaient casser du député, donc casser la démocratie », ils sont simplement ridicules. Ce n’est quand même pas la première fois que des paysans s’en prennent violemment à des préfectures ou des locaux de députés, sans que cela soit assimilable à des tentatives de coup d’État !

Pour tous ces élus de la République, contester leurs choix, voire exprimer sa colère contre des votes qui aggravent la vie des classes populaires, est antidémocratique ! En revanche, mener une politique qui enfonce toute une partie de la population dans la pauvreté, qui laisse les capitalistes licencier et saccager des régions entières, qui promet des retraites de misère, tout cela est normal.

Mais voilà, il se trouve que ceux qui font tourner la société et vivent de plus en plus mal le supportent aussi de plus en plus difficilement. Leur colère finira par atteindre les vrais responsables de cette violence sociale là.

Marion AJAR