Procès de l’amiante : deux non-lieux en une semaine

24 Juillet 2019

Eternit, ex-premier producteur mondial d’amiante, avait été visé en 1996 par une plainte pour homicides et blessures involontaires déposée par des salariés. Le 11 juillet, après 23 ans de procès, une ordonnance de non-lieu général a été rendue.

Le 17 juillet, c’est l’équipementier automobile Valeo-Ferrodo qui a obtenu un non-lieu général dans un procès de cinq de ses ex-­responsables d’usine mis en examen pour homicides et blessures involontaires.

L’amiante a tué de 61 000 à 118 000 personnes entre 1995 et 2009, et l’on prévoit qu’il en tuera encore des dizaines de milliers dans les prochaines années. Chaque jour, environ dix personnes meurent du fait d’avoir été exposées à ce matériau. Les industriels ont tout fait pour retarder les procédures pénales et se décharger de toute responsabilité.

Dans les deux derniers jugements, le motif invoqué pour conclure au non-lieu a été l’impossibilité de dater le début de l’intoxication aux fibres d’amiante par les salariés, et donc d’en déterminer les responsabilités. Comme s’il fallait chercher à déterminer si c’était la première cigarette fumée qui était responsable du cancer du poumon d’un fumeur !

Ces décisions viennent à la suite d’une succession de décisions analogues à EDF, à la DCN ou aux Charbonnages de France. Elles vont toutes dans le même sens, dédouanant patrons et hauts fonctionnaires de l’époque, alors qu’ils ont permis pendant des décennies l’utilisation de ce matériau reconnu comme mortel.

On sait depuis longtemps que l’amiante tue. Cette fibre tueuse a été reconnue cancérogène dès 1973 par le Centre international de recherche contre le cancer. Pourtant son interdiction en France ne date que de 1997. Alors que des dizaines de milliers de cancers ont été causés par ce matériau, aucun patron n’a jamais été condamné pour y avoir exposé ses salariés.

Et cela grâce au soutien de l’État et au silence de la justice, en France comme dans d’autres pays.

Charles Legoda