Porto Rico : mobilisation contre une situation dramatique

24 Juillet 2019

Depuis le 17 juillet, l’île de Porto Rico, située dans les Caraïbes mais faisant partie des États-Unis, est secouée par des manifestations impressionnantes.

Des centaines de milliers de personnes réclament dans les rues de San Juan, la capitale, la démission du gouverneur Rosselló, depuis la publication de centaines de pages de messages secrets qu’il échangeait avec d’autres hauts fonctionnaires. Ainsi en 2017, alors qu’à la morgue les cadavres de victimes des ouragans Irma et Maria s’amoncelaient, il suggérait, plutôt que de débloquer des fonds, d’en nourrir les corbeaux !

L’économie portoricaine est en crise depuis longtemps : 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le chômage est dévastateur. Le gouvernement local, endetté auprès des banques de Wall Street à hauteur de 73 milliards de dollars, mène une politique d’austérité aux conséquences dramatiques. Cette dette lui a été imposée par les États-Unis, qui ont fait depuis longtemps de Porto Rico un paradis fiscal pour les grandes entreprises. Celles-ci n’y paient pas d’impôt, sans qu’il y ait d’autres ressources fiscales.

Les ouragans de 2017 ont très durement touché Porto Rico, dont 80 % des infrastructures ont été détruites. Alors que Trump prétendait qu’il n’y avait que quelques dizaines de victimes et que son gouvernement faisait le maximum pour reconstruire l’île, la réalité était tout autre. Les manifestants de ces derniers jours portent des pancartes clamant que 4 645 personnes ont alors perdu la vie, alors que le gouverneur Rosselló n’en reconnaît que la moitié. La réparation des dégâts, chiffrés à 90 milliards de dollars, n’a été financée qu’à hauteur de 14 milliards. Pendant de longs mois la population a vécu sans électricité et 30 000 logements n’ont toujours pas de toit deux ans après. On estime que, depuis, 10 % des 3,2 millions d’habitants ont quitté l’île pour les États-Unis.

Les raisons de la colère de la population sont multiples : le mépris du gouverneur et du pouvoir de Washington, la corruption, la situation économique déplorable. Pour l’instant le gouverneur, qui concentre le ressentiment contre lui, a tout juste concédé qu’il ne se représenterait pas aux élections l’an prochain. Mais il refuse de démissionner et il a envoyé la police gazer les manifestants et les viser avec des balles en caoutchouc.

Aux États-Unis mêmes, dans plusieurs grandes villes, des manifestations ont également eu lieu, mobilisant les habitants d’origine portoricaine.

Lucien DÉTROIT