Arnault, deuxième fortune mondiale : à quel prix ?

24 Juillet 2019

Bernard Arnault, président et principal actionnaire de la multinationale du luxe LVMH, vient d’être sacré deuxième homme le plus riche du monde. Sa fortune professionnelle, c’est-à-dire la valeur actuelle de son énorme paquet d’actions LVMH, dépasse désormais les 100 milliards de dollars.

Le gonflement du magot reflète exactement la hausse du cours de l’action LVMH, plus 50 % depuis le début de l’année. Le chiffre d’affaires du groupe, autour de 50 milliards de dollars, comme la quantité d’objets produits et commercialisés n’augmentent, eux, que de quelques pour-cent.

Le fondement nécessaire de la fortune de Bernard Arnault est bien entendu l’exploitation des plus de 150 000 salariés du groupe. Ils fabriquent les produits de luxe, c’est-à-dire coûteux, que LVMH vend à ces millions de gens qui s’enrichissent de la surexploitation croissante des travailleurs. Par exemple, un tiers du chiffre d’affaires de Louis Vuitton est réalisé en Chine, où ce ne sont pas les ouvrières qui se crèvent les yeux à monter des téléphones qui achètent des sacs griffés. En revanche, on imagine très bien ceux qui organisent leur exploitation faire la queue devant les vitrines Vuitton. Bien plus près d’ici, on trouve les mêmes petits piranhas clinquants, fils de famille ou nouveaux riches, dans les boutiques des beaux quartiers des grandes villes. Pour des entreprises spécialisées comme LVMH, les économistes parlent de « marché de niche ». En l’occurrence, il s’agit plutôt d’un marché de chiens de garde.

Mais la guerre de classe en cours enrichit surtout les grandes familles capitalistes groupées dans quelques organismes financiers, banques et gestionnaires de fonds. Les profits tirés de l’exploitation des travailleurs sont convertis en masses énormes de capitaux, à la recherche de placements sûrs et rentables. Il faut croire que les bourgeois pensent qu’il y a plus d’avenir dans le caviar que dans le kebab, puisque l’action LVMH ne cesse de grimper alors que les investissements productifs stagnent, que les emplois disparaissent, que les travailleurs s’appauvrissent.

Arnault gagne donc sur tous les tableaux et se rapproche du firmament capitaliste. Mais le fait qu’il y accède de cette façon et sur ce créneau montre dans quelle impasse mène la course au profit.

Paul GALOIS