Algérie : le mouvement s’invite dans la Coupe d’Afrique

24 Juillet 2019

En Algérie, le mouvement populaire démarré le 22 février, d’abord pour s’opposer à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat puis pour mettre en cause tout le « système », a fini par coïncider avec la Coupe d’Afrique des nations de football et la victoire en finale de l’équipe nationale algérienne, les Fennecs, face aux Lions du Sénégal.

Au-delà du nationalisme toujours présent autour de ce type de compétition, celle-ci a été l’occasion pour les supporteurs et les joueurs algériens de relayer le mouvement, le Hirak en arabe, qui secoue le pays depuis cinq mois. En fait, depuis déjà un an, depuis l’été 2018, la violence très présente dans les stades avait relativement disparu et les clubs de supporteurs rivalisaient pour composer des chants contestataires dénonçant le régime.

Ainsi le chant la Casa del Mouradia des supporteurs du club de l’USMA d’Alger est devenu un des hymnes de la révolte, dénonçant la mal-vie, le mépris du pouvoir et le bilan désastreux des quatre mandats de Bouteflika. En partie organisée autour des clubs de supporteurs, la jeunesse des quartiers populaires a été un des fers de lance du Hirak.

Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’armée, qui prétend répondre au mouvement populaire par une opération mains propres au sein du personnel dirigeant, a voulu saisir l’occasion fournie par les succès de l’équipe algérienne pour accréditer l’image d’un homme proche du peuple. Pour permettre aux supporteurs d’assister à la finale, il a fait affréter trente-sept avions, dont des avions de l’armée, pour les acheminer au Caire où avait lieu ce match.

Le 25 juin, lors d’un autre match en Égypte, un supporteur algérien qui brandissait une pancarte avec le slogan « Qu’ils partent tous ! » avait été arrêté, condamné à une lourde amende et à six mois de prison avec sursis, puis expulsé. Lors de la finale, cela n’a pas empêché des supporteurs de reprendre ce slogan, accompagné de leurs chants contestataires, qui ont même été repris par des supporteurs égyptiens.

Ce dernier match de la Coupe coïncidait en Algérie avec le 22e vendredi de la contestation. Ce jour-là encore, des cortèges importants ont parcouru les grandes villes pour exiger le départ des « 2B », Bédoui le Premier ministre et Bensalah le président par intérim. Certains ont même crié : « Le seul B qu’on veut c’est Belmadi ! », du nom du sélectionneur des Fennecs qui a lui aussi salué le Hirak.

Même à la frontière marocaine, des jeunes des deux pays se sont retrouvés de part et d’autre des barbelés pour célébrer cette victoire, reprenant les chants contestataires des supporteurs algériens et dénonçant les barrières instaurées entre les deux peuples : « Nous ne sommes pas ennemis, nous sommes frères. »

Malgré les tentatives de récupération du pouvoir algérien, le succès des Fennecs est ainsi vécu comme étant aussi celui du mouvement populaire et de cette jeunesse en quête d’un meilleur avenir, qui s’est en partie organisée et politisée dans les stades. Il y avait cela aussi dans l’enthousiasme qu’elle a manifesté au soir de la victoire dans les rues d’Algérie ou même de France.

Leïla Wahda