APL : encore moins pour ceux qui ont moins

17 Juillet 2019

Le gouvernement vient d’annoncer que la réforme du calcul de l’APL, prévue pour le 1er avril 2019, et déjà reportée au 1er juillet, puis au 1er août, ne se fera pas avant janvier 2020.

Le nouveau calcul est présenté comme plus logique et plus juste. En effet, au lieu de les calculer en fonction des revenus perçus deux ans avant, le prélèvement des impôts à la source permettrait à la CAF de recalculer les allocations chaque trimestre et de prendre en compte les revenus des douze derniers mois.

Le gouvernement explique sans rire que, grâce à la croissance et à l’augmentation du pouvoir d’achat, les revenus actualisés régulièrement par la CAF augmenteront en moyenne, ce qui permettra de faire des économies sur les allocations. En réalité, croissance ou pas, les économies prévues viendront du fait que seuls les allocataires voyant leur situation s’améliorer seront concernés par le nouveau calcul, et verront leurs aides baisser immédiatement. Ceux dont la situation se dégrade suite à un licenciement, un divorce par exemple, avaient déjà la possibilité de le signaler afin que leur APL soit recalculée et de ce point de vue leur situation ne changera pas.

Selon le Canard Enchaîné, 1,2 million de personnes pourraient perdre en moyenne 1 000 euros par an, et 600 000 personnes perdraient complètement leur APL. Les premiers concernés seraient les jeunes travailleurs qui rentrent dans la vie active, souvent avec de bas salaires et des emplois précaires. Jusqu’à présent, ils continuaient à percevoir une APL calculée sur des ressources nulles ou très faibles, jusqu’à ce que leurs nouveaux salaires soient pris en compte. C’était en quelque sorte une aide à l’installation, pour de jeunes travailleurs obligés de se loger, parfois dans des grandes villes aux loyers très élevés.

Le gouvernement attend de cette réforme 1,3 milliard d’économies par an. Des problèmes informatiques dans la mise en place du nouveau calcul justifieraient visiblement le recul à janvier 2020. À moins que le gouvernement n’ait pas voulu attaquer les allocataires de l’APL en même temps qu’il annonce des coupes drastiques dans les allocations chômage.

Si elle est appliquée, la réforme du calcul de l’APL sera un nouveau vol dans la poche des classes populaires, qui s’ajoutera à la diminution de 5 euros décidée en 2017.

Hélène COMTE