Migrants : ONG criminalisées

10 Juillet 2019

Une semaine après le Sea-Watch, les navires humanitaires accostant au sud de l’Italie continuent de se heurter aux mesures répressives du gouvernement italien, après l’entrée en vigueur, le 14 juin dernier, du nouveau décret Sécurité visant à criminaliser les ONG qui sauvent des migrants en Méditerranée.

Les responsables risquent une amende, jusqu’à 50 000 euros, et jusqu’à dix ans de prison. Le ministre de l’Intérieur, Salvini, a même déclaré vouloir porter l’amende à un million d’euros. Ainsi le 6 juillet l’Alex, bateau affrété par un collectif italien de gauche, a accosté de force dans le port de Lampedusa avec à son bord 41 personnes. Le bateau a été saisi et son capitaine sera prochainement présenté à un juge, pour aide à l’immigration clandestine et refus d’obéissance aux forces de l’ordre. De même Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch, dont l’assignation à résidence a été levée, devra néanmoins elle aussi répondre à ces accusations.

Salvini prétend couper la route de l’immigration, mais il sait très bien que c’est impossible. À quelques jours d’intervalle, le navire d’une ONG allemande, l’Alan-Kurdi, a débarqué 65 puis 44 personnes à Malte. Puis le 8 juillet c’est la marine italienne elle-même qui a ramené 47 réfugiés à Pozzallo, en Sicile. À des fins politiciennes, Salvini accuse donc les ONG de trafic d’êtres humains. Mais il n’est pas le seul à jouer ainsi avec la vie des migrants.

Les représentants des États européens qui font mine de s’offusquer de ses déclarations tonitruantes sont d’autant plus hypocrites qu’ils mettent en œuvre, tous ensemble, et les uns après les autres depuis au moins quinze ans, une politique fermant les frontières de l’Union européenne et abandonnant les migrants à leur sort.

Carola Rackete a témoigné dans les médias que les États européens, refusant de secourir les rescapés du Sea-Watch, s’étaient tous « refilé la patate chaude ». Elle avait notamment demandé aux autorités françaises l’autorisation d’accoster à Marseille. On lui avait même dit que sa question serait transmise à Macron. Mais le Sea-Watch n’a jamais eu de réponse. Rien d’étonnant : la France est l’un des pays qui acceptent le moins de demandes d’asile, une sur trois, contre une sur deux en moyenne en Europe. Et elle n’a jamais respecté le quota pourtant modeste de 7 115 migrants qu’elle s’était engagée à accueillir entre 2015 et 2018 : dans ce laps de temps, elle n’en a accueilli que 635, moins que le nombre de reconduites effectuées à la frontière italienne.

Alors, la tragédie qui se joue en Méditerranée va continuer. Depuis 2014, on a recensé presque 17 000 morts et disparus. Le 1er juillet, un canot parti de Libye transportant 80 personnes a encore sombré sans être secouru. Victimes de la politique criminelle des dirigeants européens, qu’ils se prétendent progressistes comme Macron, ou qu’ils affichent ouvertement une démagogie xénophobe.

Thomas Baumer