Grèce : la défaite de Tsipras

10 Juillet 2019

Les élections législatives du 7 juillet ont vu la défaite de Tsipras et de son parti, Syriza. Arrivé au pouvoir en janvier 2015, il avait représenté un espoir pour une partie de la population éprouvée par cinq années de crise et dégoûtée des partis traditionnels, le Pasok, de centre gauche, et la Nouvelle démocratie, de droite. Tsipras promettait de combattre la misère, de s’opposer au diktat des créanciers de l’État grec et d’améliorer le sort des couches populaires.

En politicien bourgeois respectueux de l’ordre social, Tsipras a limité son combat au seul terrain diplomatique, s’évertuant à obtenir des concessions de la part des dirigeants européens à l’occasion des interminables séances de négociations qui se sont succédé pendant plusieurs mois. Mais comme ses prédécesseurs, Tsipras a fini par subir le talon de fer des puissances impérialistes qui dominent l’Union européenne. Celles-ci n’ont pas hésité pas à étrangler financièrement la Grèce, obligeant son gouvernement à se soumettre à leurs exigences. Tournant le dos à toutes ses promesses, Tsipras a dû appliquer à son tour les mémorandums, ces plans d’austérité imposés par les institutions européennes et le FMI.

Depuis plusieurs mois, le dirigeant de Syriza a annoncé le retour de la croissance après des années de sacrifices. Mais pour les travailleurs, la réalité est tout autre. Le chômage a baissé mais il atteint encore 19 %, 43 % pour les moins de 25 ans. Et s’il n’est pas plus élevé, c’est en raison de la fuite à l’étranger de plus de 500 000 grecs, des jeunes pour l’essentiel. Des régions entières sont totalement sinistrées ou voient les dernières usines fermer. Dans l’une des villes situées près de chantiers navals non loin d’Athènes, le maire recensait 80 % de chômeurs. En dépit d’aides aux plus démunis, le nombre de travailleurs pauvres est en augmentation : près du quart des dix millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 382 euros mensuels.

Les nouveaux emplois, liés en grande partie au développement du tourisme, sont précaires : un emploi nouveau sur trois est à temps partiel avec un salaire mensuel de 200 à 400 euros. Tsipras a augmenté le salaire minimum de 586 à 650 euros brut par mois, mais beaucoup de salariés ne sont pas payés, ou avec des mois de retard. De plus l’abaissement du seuil d’imposition de 8 600 à 5 600 euros de revenus par an, prévu pour 2020, va ponctionner encore les revenus des plus modestes, jusque-là non imposables.

C’est en effet une des exigences du dernier plan d’austérité, dont les Grecs sont loin d’être débarrassés, et qui prévoit entre autres une énième réforme des retraites, alors que les pensions ont déjà baissé de 40 %. La TVA, l’impôt foncier grèvent les budgets ; de nombreux Grecs ont perdu leur maison, vendue aux enchères, faute de pouvoir payer leurs dettes.

Tout cela explique que Tsipras ait déçu une grande partie des classes populaires et qu’il ait perdu les élections. Le nouveau Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, est l’héritier d’une dynastie de politiciens réactionnaires, attaché à l’ordre, à la religion et surtout à la défense des intérêts de la bourgeoisie, dont il est un des représentants. Il sera un fidèle exécutant des diktats des banquiers européens et du FMI. Ceux-ci l’ont déjà prévenu que les réformes prévues ne souffriraient pas de retard.

Sylvie MARÉCHAL