Féminicides : la lutte doit continuer

10 Juillet 2019

Depuis le début de l’année, en France, 73 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Samedi 6 juillet, un rassemblement à Paris, place de la République, a dénoncé ce massacre et exigé des pouvoirs publics qu’ils prennent des mesures.

En novembre 2017, Macron avait proclamé que l’égalité hommes-femmes serait une grande cause nationale de son quinquennat. Ces belles déclarations n’ont pas été suivies de mesures concrètes, et les féminicides n’ont pas ralenti. On en compte en moyenne 140 chaque année depuis dix ans. On les déguise souvent en « crimes passionnels » ou « drames conjugaux », mais ce sont spécifiquement des meurtres de femmes en raison de leur sexe.

Aujourd’hui, face à la mobilisation de femmes et de proches des victimes, le gouvernement prépare des mesures de protection repoussées depuis deux ans, comme la généralisation du bracelet électronique ou la mise au point d’un dispositif anti-rapprochement. Mais ce sont surtout des mesures symboliques sans grande portée. Ainsi le 21 juin, les ministres Castaner et Schiappa ont annoncé par communiqué de presse une grande mesure de prévention : @arretonsles, un compte Twitter de sensibilisation !

L’exemple de l’Espagne, où les féminicides ont été réduits à 47 l’an dernier, montre pourtant qu’il existe des mesures efficaces. Mais les bracelets électroniques, les téléphones d’urgence, les hébergements-refuges et le personnel de justice spécialement consacré y sont trois fois plus nombreux qu’en France. L’Espagne y consacre chaque année 200 millions d’euros. La France, où l’on compte 200 000 cas de violence conjugale, ne dépense que 79 millions, quand il en faudrait plus de 500.

Outre les budgets, il faudrait que juges et policiers prennent à cœur la protection des femmes. Or ils reflètent généralement le machisme de la société, quand ils ne s’en font pas les champions.

Combien de victimes qui voulaient porter plainte ont dû se contenter d’une main-courante anodine ?Combien de policiers ou de magistrats pensent, et parfois disent, que si une femme est victime, « elle l’a bien cherché ? »

Certes, seule une société débarrassée des rapports de domination et d’exploitation inhérents au capitalisme pourra réaliser l’égalité complète entre les femmes et les hommes. Mais il y a dès aujourd’hui une lutte profonde à mener, dans les esprits et dans les faits, contre ce scandale que sont les violences et les meurtres de femmes.

Vincent GELAS